Le Prestige, de Christopher NOLAN

Cinéma

jellyfishthinks-le-prestige-christopher-nolan-afficheAyant récemment participé au MOOC Fantasy proposé par l’université d’Artois, et n’ayant malheureusement pas eu l’occasion de terminer le cours, cela m’a cependant permis de redécouvrir et d’apprécier à nouveau un film que j’avais déjà vu il y a quelques années, et qui m’avait déjà alors fortement marquée.

Ce film, c’est Le Prestige de Christopher Nolan. Pour en faire un résumé succinct et sans spoilers, disons que c’est l’histoire d’une rivalité entre deux (anciens amis) magiciens, avec tout ce que cela implique (coup bas, tromperies, trahison, meurtre…). Bref, le synopsis n’est pas franchement inédit. Mais laissez moi quelques instants pour vous convaincre que ce film vaut son pesant de pop-corn !

Déjà, Christopher Nolan, on peut commencer par là. Son talent n’est plus à prouver, dois-je vraiment rappeler qu’il est à l’origine de Inception, Interstellar, et bien d‘autres.. Sachez que Le Prestige date de 2006 et déjà à cette date Nolan nous offrait de très bons crus. On citera également au casting : Christian Bale dans le rôle de Barden et Hugh Jackman dans la peau de Angier ; tous deux livrent une très belle performance, loin de Batman et Wolverine. On a également le plaisir de voir à l’écran : Scarlett Johanson, Michael Caine et surtout David Bowie dans le rôle de Nikola Tesla (rien que ça !)

Mais je ne vais pas vous mentir, le vrai point fort de ce film réside dans sa composition, son déroulement ainsi que dans son jeu habile à nous perdre dans les genres. Si vous en êtes arrivés là, que vous n’avez pas vu le film – mais que vous comptez le voir un jour, je vous conseille de le regardez une première fois maintenant et de revenir lire la suite. Car nous allons ici parler de la structure du film, en lien direct avec l’histoire et il serait vraiment dommage de vous gâcher le plaisir. D’ailleurs, je conseille à tout le monde de regarder ce film deux fois, pour l’histoire (pas évidente à comprendre du premier coup) et le twist final puis ensuite pour sa structure (ça aide à la compréhension) et tous les petits détails croustillants qui se cachent le long du film et nous guide doucement vers le dénouement.

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« Chaque tour de magie comporte trois parties ou actes. La première s’appelle la promesse. Le magicien vous présente quelque chose d’ordinaire, un jeu de carte, un oiseau ou un homme. Il vous le présente, peut être même vous invite-t-il à l’examiner, afin que vous constatiez qu’il est en effet réel, oui intact. Normal. Mais il est bien entendu loin de l’être. Le deuxième acte s’appelle le tour. Le magicien utilise cette chose ordinaire pour lui faire accomplir quelque chose d’extraordinaire. Alors vous cherchez le secret, mais vous ne le trouvez pas. Parce que bien entendu vous ne regardez pas attentivement. Vous n’avez pas vraiment envie de savoir. Vous avez envie d’être dupé. Mais vous ne pouvez vous résoudre à applaudir parce que faire disparaître quelque chose est insuffisant. Encore faut-il le faire revenir. C’est pourquoi pour chaque tour de magie il existe un troisième acte, le plus difficile. Celui que l’on nomme : le prestige. »
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L’affiche du film version Vincent Rhafael Aseo

Premièrement, on peut retenir de ce film qu’il est sacrément culotté ! L’intégralité de l’histoire et du film même réside dans la première phrase prononcé à l’écran, citation ci-dessus. Nolan prend le pari de construire le film comme un magicien construit un tour de magie et il prend même le temps de nous prévenir – bien que devant notre écran, nous ne le comprenons que trop tard ! Grâce à un habile jeu de rebondissements et de retournements de situations, on finit par oublier cette “consigne” et on se fait avoir également, comme le spectateur d’un tour de magie.

Par rebondissements n’entendez pas rocambolesque, il s’agit là plutôt d’un balancement entre les protagonistes. Un match de ping-pong où chacun essaie de reproduire et d’améliorer le coup de son adversaire. Une première fois victorieux, puis battu, puis à nouveau victorieux, chacun s’engage toujours plus vigoureusement dans cette bataille vengeresse. L’histoire évolue comme suspendue sur un fil, chaque personne prenant tour à tour l’avantage sur l’autre. Une escalade de pirouettes, où la colère et le ressentiment prennent alors le pas sur la raison et la volonté pure du magicien, poussant Barden et Angier dans leurs retranchements psychiques, et nous avec, jusqu’au point de rupture.

“Tu n’as jamais compris, pourquoi on faisait ça ? Les spectateurs ne sont pas dupes. Notre monde n’a rien de magique, il est misérable, totalement terre à terre, mais si on arrive à les mystifier, ne serait-ce qu’une seconde, on peut les amener à s’émerveiller et c’est là qu’il se passe quelque chose de vraiment magique. Tu n’as jamais remarqué qu’ils avaient tous des étoiles au fond des yeux.“

jellyfishthinks-le-prestige-christopher-nolan-nikola-teslaComme je le disais plus haut, Nolan se joue littéralement de nous en brouillant les pistes des genres cinématographiques employés. Aux premiers abords, on pourrait se laisser croire à de la fantasy car, en effet, il s’agit bien là de magie. Mais attention (it’s a trap-trap !), le film traite de prestidigitation, qui n’est autre qu’un trucage fort habile, donc à priori uniquement des magiciens très doués mais bel et bien réels. Cependant, la recherche d’un tour plus perfectionné et plus impressionnant permet l’apparition d’un élément surnaturel (étrange) qui ne trouvera à aucun moment d’explication (rationnelle ou scientifique) ce qui amène le film sur le terrain du fantastique. On peut alors faire la parallèle avec Le Portrait de Dorian Gray, livre ou film, exemple type de film du genre : le tableau se défigure au fur et à mesure de actes « dépravés » du protagoniste, sans aucune explication, il s’agit là d’un postulat auquel il faut alors croire sans comprendre. Cet élément n’est pourtant pas la clé de l’histoire, mais un simple outil permettant l’avancement des péripéties. Le dénouement se fera plus tard avec des éléments tout à fait « ordinaires » et place donc ce film dans un genre principalement dramatique.

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Des images très précises de ce film sont restées depuis longtemps ancrées dans mes souvenirs, ainsi que la sensation d’une pirouette épatante. Je ne saurais que trop vous recommander de vous jeter sur ce film, et pourquoi pas vous laisser tenter par sa version originale, le livre de Christopher Priest, publié en 1995.

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A.J.
Écrit par A.J.

Vous vous demandez bien qui peut se cacher derrière ces quatre petites méduses, un peu farouches mais très passionnées. Du coup, c’est un peu le moment où je dois vous parler de moi… Pour le côté barbant, j’ai un bac littéraire option arts plastiques puis j’ai obtenu mon diplôme de stylisme/modélisme. Mais à vrai dire, tout cela importe peu pour vous et pour ce qu’il se passe ici. Le fait est que j’ai toujours aimé écrire et qu’en faisant des études de mode j’ai laissé derrière moi beaucoup de mes passions. Parmi lesquelles, l’art, la danse, l’histoire, etc… Aujourd’hui, j’ai décidé de renouer avec tout ce que j’aime, sans exception. Et je prends plaisir à le partager avec vous tous.

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