Prêt-à-porter : Du problème de la jeanerie

Mode

En me renseignant de-ci, de-là, sur l’impact écologique de la production de viande, j’ai remarqué une chose assez amusante. Lors de conférences ou de vlog, les intervenants étaient parfois – souvent – vêtus de jeans. Je dis “amusante”, mais la plupart du temps, ça me fait un petit pincement au cœur. Je trouve dommage de parler d’un tel sujet, en portant un jeans. Laissez moi vous expliquer un peu pourquoi…

Mettons nous d’accord : il est bon de parler d’environnement, et de l’impact de la production de viande sur celui-ci. Il y a un million de causes à défendre, et on ne peut être sur tous les fronts. Ce que je déplore, c’est l’omniprésence – à commencer dans mes placards – des produits textiles bon marché, dont nous ne sommes pas, ou peu, informé de la provenance ou de la fabrication. Et notre ami indigo cristallise à lui seul presque tous les problèmes de l’industrie.

Tout d’abord, un peu d’histoire…
 

Vous savez peut-être que lorsqu’un produit n’est pas cher, quelqu’un, à un endroit de la chaîne de production, en paye fatalement le prix. Le soucis dans l’habillement vient en partie de la démocratisation du prêt-à-porter. Avant le XXème siècle, les plus riches possédaient des vêtements sur-mesures, confectionnés par des tailleurs et couturières professionnel.les. Les plus pauvres quand à eux, avaient du fait-maison, et tant pis pour toi si ta femme savait à peine repriser des chaussettes ! Quand le prêt-à-porter est apparu, ce fut une petite révolution. Des avantages pour tous. Pour les plus riches, des vêtements tout prêts en magasin, gros gain de temps. Pour les plus pauvres, la fabrication à la chaîne permet de minimiser les coûts et d’avoir un produit final moins cher. Un désavantage pour tous, les vêtements en questions sont confectionnés sur les mesures moyennes de la population. Ce qui explique que vous ne trouviez jamais – ou si rarement – rien qui tombe parfaitement sur vous dans les magasins !

Dans le même temps, une nouvelle pièce du dressing se démocratise : le jeans. Il s’agit d’un pantalon robuste aux coutures renforcées, coupé dans une toile de denim, à l’origine un pantalon de travail. Je ne m’attarde pas plus en détail sur son histoire, car c’est long, et cet article est loin d’être terminé. Mais je la développerais peut-être plus tard. Sachez seulement qu’en cent ans, il est passé de vêtement pour les travaux physiques à basique de notre garde robe. Le jeans est cool, le jeans est pratique, le jeans est plein de belles nuances de bleu, mais le jeans a de gros, très gros, défauts. A commencer par sa composition.

 

La toile de denim est une toile coton. Et à moins de posséder un jeans avec un peu d’élasthanne, c’est tout. Mais même sans cette matière synthétique, la composition du jeans pose problème. Le coton est une fibre naturelle, qui est tissée à partir de la fleur de coton. Cette matière peut donc être bio. Cependant, nous allons voir le coton bio aussi me pose un problème. Le coton est donc une plante. Une plante qui a besoin de trois choses pour avoir un bon rendement : de l’eau, de la chaleur et du Soleil. Beaucoup d’eau, beaucoup de chaleur et beaucoup de Soleil. De ce fait, les champs de coton sont établis dans les endroits ensoleillés de la planète, proche d’une source d’irrigation facile et abondante. Quitte à assécher rivières, lacs et nappes phréatiques.

De l’eau dont l’être humain manquera bientôt globalement, dans des zones où personnes et animaux meurent déjà de soif. La mer d’Aral en est un exemple très parlant. Cette mer intérieure d’Asie centrale, est utilisée depuis quelques dizaines d’années pour la culture du coton. Voyez ce qu’elle est devenue au fil des ans :

 

A gauche, la mer d’Aral en 1989. A droite en 2008. Je suis né en 1989. Le temps que j’atteigne la majorité, une mer de plus de 60 000 km2 s’était asséchée. Pour le coton. Si le bio se doit de respecter l’environnement, laissez moi vous dire que l’étiquette “coton bio” est un mensonge. Car la plante aura toujours des besoins de ressources énormes en eau. Et autant vous dire que la Bretagne manque de chaleur pour qu’y installer une culture mondiale de coton soit viable… J’ajoute qu’on ne fait pas pousser de coton seulement en Asie centrale.

Une fois notre coton bien irrigué et peuples et animaux privés d’eau, que nos fleurs ont été tissées, il nous faut maintenant teindre la fibre dans cet indigo si caractéristique. L’indigo est une des teintures que l’on sait produire depuis le plus longtemps, de façon naturelle, grâce à l’indigotier. La production de vêtements étant aujourd’hui industrialisée, on n’emploie plus ces méthodes considérées archaïques, mais des teintures synthétiques (entre autres avec de l’acétone et dérivés du benzène). Les eaux usées des usines utilisant ces teintures sont rejetées directement dans les rivières. Ces usines se trouvent pour beaucoup en Chine. Quand Green Peace analyse l’eau de ces rivières, voici ce que trouve l’ONG : du cadium, du chrome, du mercure, du plomb et du cuivre. Dans des quantités supérieures aux normes autorisées, en Chine.

« Les procédés de teinture, lavage, blanchiment et impression sont quelques uns des plus sales de l’industrie textile, nécessitant de grands volumes d’eau ainsi que des métaux lourds et autres produits chimiques », explique Mariah Zhao, chargée de campagne produits toxiques pour Greenpeace.” Source

[Rapide petit rappel des conséquences d’un empoisonnement aux métaux lourds : ] “Les métaux lourds se stockent principalement dans les os, le foie, les reins et le cerveau. « Chez l’homme, ils peuvent affecter le système nerveux, les fonctions rénales, hépatiques, respiratoires. Certains, comme le cadmium, l’arsenic, le nickel et le chrome sont cancérigènes » explique le ministère de l’Écologie. Une exposition à de fortes doses de métaux lourds est donc impliquée dans de nombreuses pathologies sévères comme la sclérose en plaque, les maladies neurodégénératives (maladie d’Alzheimer et de Parkinson), les cancers du poumon, des voies respiratoires et digestives ou encore l’insuffisance rénale. Ils pourraient même jouer un rôle dans le déclenchement de troubles psychologiques et neurologiques comme l’autisme. Les symptômes d’une intoxication aux métaux lourds peuvent varier selon le ou les composé(s) impliqué(s) et selon les personnes, ce qui rend son diagnostic complexe. Les signaux les plus fréquents sont une fatigue chronique, des maux de tête, des douleurs au niveau du dos, des troubles psychiques (irritabilité, dépression, colère, instabilité émotionnelle…), des troubles digestifs (diarrhées, nausées, vomissements) ou encore des troubles du sommeil.” Source

Sachant que d’ailleurs, lecteur, ces métaux sont encore présents dans les vêtements que tu achètes. Veilles à bien les laver avant de les porter.

Bon, là je ne vous parle que des teintures, mais ça ne s’arrête pas là. Les jeans tendances sont les jeans délavés. Les jeans bruts – à l’indigo très foncé – se vendent moins bien. Pour obtenir un effet délavé, on utilise la technique des projection de sable sur le tissu. Seulement voilà : “Le sablage des jeans tue. Pour obtenir le jean à l’aspect «vintage» très à la mode, l’industrie textile emploie un procédé mortel pour les travailleurs : le sablage. En deux ans, sur 10.000 travailleurs du jeans, la Turquie a comptabilisé 47 morts. Au total, 5000 ouvriers turcs sont atteints par la maladie et 1300 sont silicosés. En Chine, l’industrie textile pollue l’environnement et les hommes.“ Source

“Silicosé”, en voilà un mot barbare… Voyons voir ce qu’en dit notre ami Wikipedia : “La silicose est une maladie pulmonaire provoquée par l’inhalation de particules de poussières de silice (silice cristalline)(…).”

Symptômes : “La silicose se traduit par une réduction progressive et irréversible de la capacité respiratoire (insuffisance respiratoire), même après l’arrêt de l’exposition aux poussières. Elle se complique quelquefois d’une tuberculose. Elle peut être aggravée par l’inhalation concomitante de poussière de charbon (anthracosilicose).”

Traitement : “Le seul traitement curatif connu est la transplantation pulmonaire.”

Pour que le prêt-à-porter puisse vendre des jeans délavés, on assèche la planète, pollue les rivières, brûle les poumons des ouvriers. 

 

Bon, pour ceux qui sont arrivés jusqu’ici, l’idée n’était pas de vous alarmer. Je pense simplement que des prises de conscience sur ce que nous consommons sont importantes. Il est difficile de se déconstruire et d’accéder aux bonnes informations sur certaines réalités. Et j’ai des solutions à vous apporter mes très chers petits lecteurs adorés !

Premièrement, bonne nouvelle, depuis quelques années, l’industrie du jeans – et textile dans son ensemble – se remet en question ! Certaines marques font des efforts pour ne plus utiliser de teintures polluantes, produisent local, dans des matières naturelles produites sans pesticides – c’est déjà ça de pris. 1083, marque Française, en est un bon exemple.

L’important est de faire attention à la provenance et à l’élaboration de vos vêtements. Ça demande du temps et de s’impliquer. Mais à termes, j’ose croire que ça évitera à des immeubles remplis de couturières de s’effondrer au Bangladesh… C’est aussi un coût. Cependant, la qualité suit. Un vêtement coûte cher à fabriquer, c’est quelque chose qu’on a tendance à oublier. La matière première, le travail de tissage, celui de la confection… Ce sont des métiers importants, qui demandent savoir faire et patience. Si un vêtement n’est pas cher, quelqu’un en paye forcément le prix. Souvent, les couturier.ère.s. Mieux vaut accepter de mettre un certain prix dans ses vêtements, et en acheter moins souvent. Ou aller en fripes, si vous habitez dans une grande ville, en fouillant un peu, il n’est pas rare de trouver des pièces de qualité.

 

Reste le problème du coton, à qui il faudra toujours autant d’eau. Mais en achetant de la meilleure qualité moins souvent (et ça vaut pour tous les textiles) on résorbe une partie du problème. Point bonus, on peut faire attention à acheter des vêtements fabriqués dans des pays où les conditions de travail sont décentes et respectées.

Si la quantité d’eau utile à la culture du coton vous a horrifié mais que vous ne voulez pas acheter du synthétique vous pouvez vous tournez vers le lin ou le chanvre. Ces fibres se cultivent bien en France, et créent souvent de belles matières, solides, dont on fait maintenant à peu près tout (notamment des carrosseries de voiture pour le lin). Le lin est relativement bon marché et facile à trouver. Le chanvre d’habillement, c’est plus compliqué pour le moment, mais je pense que nous devrons y revenir.

Share Button
H. Gray
Écrit par H. Gray

Bonjour à vous, mollusques de tous horizons. Ici je me nomme H. Gray et si je devais vénérer un dieu, ça serait Dionysos – et pas ce romain de Bacchus, faut pas déconner. Je vous parlerai séries télés, mode, littérature, dessins animés, parfois jeux vidéos ou choses insolites. Dans la vie, j’ai un diplôme de styliste/modéliste (oui, comme A.J) et je prends très au sérieux tout ce qui ne l’est pas. Ce blog est pour moi l’occasion de recommencer à écrire. Je voulais faire écrivain, en cinquième, puis journaliste. C’est une façon de renouer avec l’enfant à l’intérieur de moi. (Comment ça, je n’ai jamais cessé d’être en contact avec l’enfant à l’intérieur de moi ?)

Répondre