Carmilla : Vampire lesbien et cupcake

Séries

Il y a quelques temps, j’ai commencé une série que j’avais sous le coude depuis presque 2 ans. Le genre de série qui semble faite pour nous, mais le manque de temps fait qu’elle qu’on la relègue dans notre « pile à regarder ». Je n’aurais pas dû attendre si longtemps, car j’ai eu un coup de foudre. Ce coup de foudre, c’est Carmilla, websérie canadienne de 2014, que j’avais déjà évoqué dans mon précédent Faune Cocasse sur les vampires. Il s’agit d’une adaptation, de nos jours et en format « vlog », du roman de 1872 de Sheridan Le Fanu.

 

Allons-y

Allons-y

Laura est une jeune fille de 19 ans, enthousiaste et extravertie, complétement geek, avec une forte envie de faire le bien, aimant junk food et sucreries, et qui fait ses premiers pas à l’université. Une nuit, après une soirée de fraternité trop arrosée, sa coloc’ Betty disparaît. Laura se rend compte qu’elle n’est pas la seule dans ce cas, et personne, à l’université ou dans la police, n’est décidé à l’aider. Suivant un cours de journalisme, elle va décider avec ses ami.e.s – le Ginger Squad, de mener l’enquête. Tandis que sa nouvelle coloc’ Carmilla, apathique et cynique, aura plutôt tendance à lui mettre des bâtons dans les roues.

Je ne vous en dit pas plus sur le scénario, car je ne veux pas spoiler plus avant.

 

cupcake-vampire-crap-jellyfishthinks

Laura-Cupcake, Carmilla-not-heroic-vampire

Le format « vlog » fait qu’une bonne partie de l’intrigue se passe hors champ et nous est raconté. C’est un parti prit très bien traité et une manière de limiter les décors, étant donné que la série a un budget assez serré. D’ailleurs, l’entièreté de la saison 1 (36 épisodes) a été tournée en seulement 4 jours. A cela s’ajoute le peu de direction d’acteur, qui fait qu’il y a parfois quelques couacs dans le jeu, mais n’oublions pas les contraintes… Ni les très bonnes choses que l’on y trouve, qui compensent largement les faiblesses ! C’est parti pour le festival de compliments qui vont bien !

Buffy/Supernatural/Veronica Mars. Il y en a parmi vous à qui je vends du rêve, je suis sûr. Ces trois séries sont cultes. Et pas que pour nous, les téléspectateurs. Mais aussi pour les personnages de Carmilla et sûrement pour les créateurs du show. Pas qu’il y ait des références à outrance ou du plagiat ! Il s’agit plus d’un esprit, une façon d’envisager le récit et l’écriture. Comme l’a si bien dit la scénariste et co-créatrice Jordan Hall : « I think of Carmilla as a love letter to Buffy and Veronica Mars and Lovecraft and Neil Gaiman and The Lizzie Bennet Diaries and Welcome to Nightvale – and to so many other things I adore for their richness and humour and post-modern irony. » Ou en français dans le texte : « Je vois Carmilla comme une lettre d’amour à Buffy et Veronica Mars et Lovecraft et Neil Gaiman et The Lizzie Bennet Diaries et Welcome to Nightvale – et tellement d’autres choses que j’adore pour leur richesse, leur humour et leur ironie post-moderne. »

 

carmilla-ginger-squad-jellyfishthinks

Le gang, de gauche à droite : Danny, Laura, LaFontaine, Carmilla, Perry

La série se « bingewatch » bien. Vous en avez marre des séries où il faut attendre une semaine entre chaque épisode, puis une bonne année ? Carmilla est faite pour vous ! Tout d’abord parce qu’il y a actuellement 2 saisons « normales » et une saison 0, plus courte, soit 85 épisodes. De quoi voir venir sans être tiraillé des jours par le suspense. Et pour ceux que le nombre d’épisodes effraient, pas de panique ! Comme beaucoup de webséries, les épisodes sont plus courts que pour un format télévisé. Ici, leur durée est comprise entre 3 et 7 minutes, en moyenne.

Venons-en à ce que je préfère dans une œuvre de fiction : les personnages. Et là, il y a plusieurs bons points. Tout d’abord, le cast principal est composé de beaucoup de personnes de genre féminin. Mais ici, point de clichés ! Les filles ont des profils divers et réalistes. La diversité des personnalités ne s’arrête pas là. Le groupe d’étudiant.e.s qui gravite autour de Laura est composé d’une palette de personnages au genre non-binaire, de lesbiennes loin des stéréotypes, et une valorisation certaine de la culture nerd (dans toute sa vaste étendue). Ces messieurs, bien que minoritaires, bénéficient aussi d’un traitement positif et loin des clichés.

Les acteurs sont bons, ce qui ne gâche rien. Et si parfois – surtout en première saison comme je l’ai déjà évoqué – il peut y avoir une ou deux fausses notes, tous progressent vite. Il y a entre eux une alchimie qui transparait à travers l’écran. Ça transpire d’alchimie et d’amour. C’est très agréable en tant que spectateur. Cette impression est renforcée par beaucoup de behind the scene où les acteurs jouent le jeu avec bonne humeur, en répondant aux questions des fans ou s’intéressant aux nombreuses fan-créations faites en l’honneur de la série.

Oh, et tant que j’y suis, j’ajoute qu’il est appréciable de voir une série où les personnages LGBT+ n’ont pas de destin tragique, de mort prématurée, ou encore finissent par rentrer dans le droit chemin de l’hétéronormativité. C’est encore l’exception, ce qui est plus que dommage.

laura-and-carmilla-jellyfishthinks

Le format est original et bien traité. J’aimerais apporter des précisions sur le format. Le « vlog » est une adaptation des billets de blog, mais en vidéo. Dans la série, on suit l’enquête de Laura, à travers les épisodes de son émission sur le web. Ça permet d’être moins conventionnel, sans avoir un budget conséquent. Le tout donne une impression sympathique de scène de théâtre et renforce la tension entre Carmilla et Laura. Nos deux protagonistes ont de plus des comptes Twitter et Tumblr, j’aime quand des créateurs pousse un concept jusqu’à déborder légèrement dans le transmédia !

Twitter et Tumblr de Laura. Twitter et Tumblr de Carmilla.

Carmilla est une websérie qui n’est certes pas exempte de défaut. Mais ses qualités en font une œuvre rafraîchissante et prouvent une fois de plus que la magie opère quand le travail est fait avec ardeur, rigueur, passion et amour du public. Oh, et une super équipe d’amateurs s’est chargée des sous-titres français, il n’y a donc pas de raison de passer à côté. Ci-joint, le premier épisode :

 

Share Button
H. Gray
Écrit par H. Gray

Bonjour à vous, mollusques de tous horizons. Ici je me nomme H. Gray et si je devais vénérer un dieu, ça serait Dionysos – et pas ce romain de Bacchus, faut pas déconner. Je vous parlerai séries télés, mode, littérature, dessins animés, parfois jeux vidéos ou choses insolites. Dans la vie, j’ai un diplôme de styliste/modéliste (oui, comme A.J) et je prends très au sérieux tout ce qui ne l’est pas. Ce blog est pour moi l’occasion de recommencer à écrire. Je voulais faire écrivain, en cinquième, puis journaliste. C’est une façon de renouer avec l’enfant à l’intérieur de moi. (Comment ça, je n’ai jamais cessé d’être en contact avec l’enfant à l’intérieur de moi ?)

Répondre