Les microrécits : une écriture ludique

Littérature

Je ne me souviens pas exactement du comment j’ai découvert les microrécits mais je me souviens que j’ai aimé immédiatement ! Si vous n’avez jamais entendu parler de microrécits ou micronouvelles ou bien de microfictions ou encore de microromans, voici de quoi il s’agit plus exactement : des histoires concises, écrites avec le moins de mots possible. Traditionnellement, les microrécits comprennent 1000 caractères, espaces compris. Mais cela peut-être variable, selon les supports ou les appels à textes. Car en effet, les nouvelles technologies, notamment le micro-bloging, sont très adaptées à cette forme si particulière de narration. Pensez donc à Twitter et sa limite de 140 caractères.

 

 

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, cette restriction pousse à la créativité et est une vraie discipline. Les histoires des personnages, les lieux, les intrigues, tout cela n’est que suggéré et il faut avoir une grande force d’évocation pour captiver le lecteur en si peu de temps. La plupart des microrécits sont plus courts que les synopsis sur les quatrièmes de couverture ! Si internet a beaucoup aidé à développer le genre – car oui, la microfiction est reconnue comme un genre littéraire – il n’est cependant pas nouveau. Les Fables d’Ésope, écrivain grec du VIIème siècle avant J.C., sont souvent courtes, parfois seulement deux lignes ; les Nouvelles en trois lignes, rubrique du journal Le Matin datant de 1905, sont aussi un très bon exemple plus contemporain.

 

 

D’ailleurs, vous avez surement déjà lu au moins une microfiction sans le savoir ! Car peut-être connaissez vous cette histoire : « Le dernier homme sur la Terre était assis tout seul dans une pièce. Il y eut un coup à la porte… » Elle nous vient de Fredric Brow, écrivain américain de science-fiction. Anecdote : cette citation est souvent reprise telle-quelle, et fonctionne très bien en tant que micronouvelle (ainsi que comme exemple pour mon article), mais il s’agit en fait de l’incipit d’une nouvelle, Un coup à la porte, qui prend un tout autre sens en contexte. D’ailleurs, Fredric Brown est un écrivain que je vous invite à découvrir, tant ses histoires sont savoureuses. En France, il existe un prix assez populaire, le Prix Pépin, que je vous invite à découvrir, les lauréats de l’édition de cette année seront bientôt connus !

 

 

Voici quelques exemples de récits courts :

« Quand il se réveilla, le dinosaure était encore là. » Le Dinosaure, d’Augusto Monterroso, écrivain guatémaltèque, restée fiction la plus courte en langue espagnole pendant longtemps. (VO : « Cuando despertó, el dinosaurio todavía estaba allí. »)

« Les vaisseaux de colonisations extraterrestres entrèrent dans l’orbite terrestre. Un message : « Oups. Nous ne savions pas que quiconque vivait ici. » Le jour suivant : « Nous reviendrons dans 200 ans. » Traduit de l’anglais du génial Twitter Micro SF/F. Pour les non-anglophone, un autre compte Twitter se charge de traduire sa prose en Français.

J’en profite pour vous mettre mes modestes participations, non retenues, au Prix Pépin :

Whale

Une saison s’était écoulée. Il était temps pour elle de refaire surface, expirer. Enfin, se gonfler d’azote. Le cétacé émergea lentement, prit une inspiration, et replongea dans la mer de méthane. Le spationaute vit la baleine disparaître pour sept nouvelles années, entre les vagues de Titan.

Doppelgänger

Le vaisseau était vide. A part lui, tout l’équipage était mort. Mais le capitaine se sentait soulagé. Le cauchemar était terminée, il allait pouvoir rentrer. Regagnant le pont, son sang se glaça d’horreur. Dans la vitre du poste de commandement, son reflet lui souriait affectueusement.

Bip

Tout à l’heure, mon téléphone a émis un faible bip. A l’époque où l’on voyait encore le Soleil, je l’avais programmé pour me rappeler ce jour. L’anniversaire d’un ami. A supposer qu’il soit toujours en vie. Mais je le laisse biper. Le rappel annuel que je suis toujours en vie malgré l’obscurité.

Écrivains de tous poils, je vous invite à vous livrer à l’exercice, tant il est stimulant. Lecteurs, les microrécits sauront faire travailler votre imagination d’une manière très agréable.

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H. Gray
Écrit par H. Gray

Bonjour à vous, mollusques de tous horizons. Ici je me nomme H. Gray et si je devais vénérer un dieu, ça serait Dionysos – et pas ce romain de Bacchus, faut pas déconner. Je vous parlerai séries télés, mode, littérature, dessins animés, parfois jeux vidéos ou choses insolites. Dans la vie, j’ai un diplôme de styliste/modéliste (oui, comme A.J) et je prends très au sérieux tout ce qui ne l’est pas. Ce blog est pour moi l’occasion de recommencer à écrire. Je voulais faire écrivain, en cinquième, puis journaliste. C’est une façon de renouer avec l’enfant à l’intérieur de moi. (Comment ça, je n’ai jamais cessé d’être en contact avec l’enfant à l’intérieur de moi ?)

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