High-Rise, la solitude dans le chaos

Cinéma

Il y a quelques jours, le vidéaste InThePanda a piégé ses abonnés à travers une vidéo-critique des Visiteurs 3. En gros, alors que je m’attendais à un avis sur ce film (sans doute pour me rassurer dans ma volonté de ne pas aller voir un film qui ne marque pas le nom du seul noir de l’affiche), il a préféré utiliser cette couverture pour nous parler plutôt d’un film qui a été distribué dans très peu de salles. On peut se poser des questions sur ce procédé utilisé, mais en tout cas, ça m’a donné envie d’aller  voir ce fameux film. Et… Voici ma critique.

High-Rise

 

Attention : ce qui suit dévoile des moments du film et spoile un peu l’intrigue. Rien qui ne soit révélé dans les diverses bandes-annonces, mais si vous préférez vous en tenir éloigné, revenez lire cet article après avoir vu High-Rise 😉

Vous savez, je pense que nous avons tous 4 catégories de film dans nos cœurs : les films qu’on a adoré (même ceux reconnus comme de mauvais films mais qu’on a adoré, car nos goûts sont subjectifs), ceux qu’on a détesté (même ceux reconnus comme de très bon films mais qu’on a détesté, car nos goûts sont subjectifs), les films « Meh », c’est à dire ceux qu’on a ni aimé, ni détesté, et enfin, les films qu’on a aimé ET détesté à la fois. Dans cette catégorie, je mets les films dont on a l’impression d’être complètement passé à côté (pour moi ça serait Mémento), les films qu’on qualifierait d’œuvre d’art plus que de film, mais du coup on a le sentiment de ne pas être bien placé pour en parler (typiquement pour moi ça serait le film polonais Ida), et enfin les ovnis. Les films qui brillent par leur montage hors du commun, leur sens, et parfois des mind-fucks, ce qui fait que tu ne peux le comparer à aucun autre film. En exemple, on pourrait citer Canine de Yorgos Lanthimos,  Mr. Nobody de Jaco Van Dormael, ou même Orange mécanique de Stanley Kubrick. Et c’est dans cette sous catégorie que j’inclurais le film du jour : High-Rise, un film britannique de Ben Wheatley, avec en personnage principal Tom Hiddleston, aussi connu sous le nom de Loki. C’est l’adaptation cinématographique du livre I.G.H. de J.G Ballard, paru en 1975.

High-Rise Affiche

Le film se passe au sein d’un nouveau concept d’immeuble à 40 étages. Chaque building possède plus de 1000 appartements, et propose des services au sein de l’immeuble, comme une supérette au 15ème, une école,  une piscine et tout plein de choses, ceci afin de pouvoir créer une société pouvant se gérer en totale autarcie au sein du bâtiment. Mais surtout, une certaine hiérarchie s’est mise en place, puisque les appartements du haut sont plus cher. Ainsi, les personnes vraiment aisées sont tout en haut, tandis que les personnes plus démunies sont dans les étages du bas. Et au 40ème étage, nous avons l’architecte, celui qui a conçu ces immeubles.
Dans le premier immeuble, nous suivons le Docteur Robert Laing, un médecin vivant dans les étages du milieu. Et à travers ses yeux, nous découvrons la déchéance de cet immeuble. Puisque suite à une panne de courant dans les étages du bas et à la réduction des besoins de base, tout l’immeuble sombre dans la folie, tout en conservant une lutte entre les riches et les pauvres. Nous assistons donc avec dégoût à ce qu’ils appellent une « fête », qui se résume à de l’alcool qui coule à flot, du sexe à tous les étages, de la mutilation, voire des meurtres (et apparemment, le livre va même jusqu’au cannibalisme et à la pédophilie). Toutes les règles de la société s’écroulent, et l’immeuble sombre dans ce qu’il y a de pire dans l’être humain.

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Comme je l’ai dis en introduction, faire une critique de ce film sera difficile, car je n’arrive pas moi-même à me mettre d’accord. A la fois je comprend la dizaine de personnes qui sont parties de la salle pendant le film, et à la fois je comprend ceux qui l’ovationnent dans leur critique. Mais bon, prenons mes petites armes de cinéphile du dimanche et allons-y !

Le film nous embarque donc dans un environnement anxiogène. On ne sort jamais de l’immeuble, sauf quand Laing va à son hôpital. Du coup, on n’a aucun vrai contact avec le monde extérieur, obligé d’observer malgré nous le chaos à l’intérieur, sans pouvoir en sortir. On subit les dégâts avec les protagonistes ayant encore un peu de raison. Le réalisateur nous tient un peu en otage face à toutes ces horreurs.  Alors forcément, les principales émotions qu’on ressent sont du stress, de l’anxiété. Est-ce une mauvaise chose ? Je ne sais pas, je pense que chacun a sa propre réaction dans cet environnement là.

Mais malgré ce flot de claustrophobie, le film nous envoie tout de même une ancre pour nous aider à survivre (vous avez vu, je suis un vrai critique d’art, j’utilise des métaphores de fou !), en la personne du docteur Robert Laing (joué par un Tom Hiddleston brillant). C’est la seule personne dans tout ce carnage qui essaie de garder sa dignité. On ne connait pas grand chose sur ce personnage (si ce n’est sa profession et le fait qu’il soit venu suite au décès de sa sœur), et on n’a pas besoin de plus. Ce manque d’informations nous permet de nous identifier. Il garde une certaine classe pendant une longue partie du film, observant les travers de cette société mise en place plutôt que d’y participer. Il garde la tête haute, jusqu’à ce qu’il finisse par succomber à la folie. Et là, on perd pied. Et c’est la fin.

High-Rise-Official-Trailer-3

Je n’ai pas lu le livre, donc je ne sais pas si cette anxiété est quelque chose venant du livre, mais en tout cas, si j’insiste dessus, ce n’est pas pour rien. C’est le thème du film, en plus de vouloir dénoncer les travers de notre société et du capitalisme. Nous assistons donc à une lutte des classes entre le haut et le bas, du moins au début. Au départ la séparation est bien visible, mais petit à petit, ça ne ressemble plus à rien. Les deux classes sont réduites à leur condition d’humains, sans distinction. Le manichéisme entre les riches et les pauvres est totalement balayé, plus personne n’est au dessus du lot. La richesse ? La classe sociale ? Toutes ces notions sont balayées à la fin du film à coup de loi du plus fort.  Je ne doute pas que le thème du livre portait principalement là-dessus, mais en tout cas, cette idée est bien montrée.

Enfin, le gros point fort du film (et à la fois sa faiblesse), c’est qu’il ne nous prend pas pour des cons. Il n’essaie pas de nous expliquer pendant de longues minutes chaque geste des protagonistes et leur choix, et encore moins les allégories. On est totalement envoyés dans le film sans aide, devant nous débrouiller avec la photographie, les musiques et donc les symboles cachés, ceci afin de pouvoir faire sa propre interprétation, autant sur les sentiments que nous ressentons que sur les faits du film (par exemple, dans mon résumé, je parle d’une panne de courant, mais même là dessus les critiques sur le web ne se mettent pas d’accord : certains parlent d’une panne dans tous les étages du bas, d’autres dans le dixième seulement, d’autres encore parlent d’une panne dans tout l’immeuble… En fait, le film veut juste qu’on sache qu’il y a eu un élément déclencheur, le reste ce n’est que du détail). Ce n’est pas un film comme Lucy qui te balance une vingtaine de symbolismes judéo-chrétiens par minute. Non, là on te laisse faire ta propre interprétation. Certains aiment, et certains sont perturbés, donc c’est à vous de voir si c’est une bonne ou une mauvaise chose.

 

hiddleston-high-rise-deck-scene

En général, quand on parle de qualité cinématographique, les gens ont tendance à voir une ligne, où, à droite, t’aurais Le Seigneur des Anneaux 3, et, à gauche, Les nouvelles aventures d’Aladin (ou les Visiteurs 3, selon la nouvelle norme). C’est faux. On ne peut pas comparer les films entre eux, faire des « Top 10 » de films est toujours subjectif et même rien que noter un film est quelque chose qui ne me plaît pas, car deux films ne sont pas forcément comparables, ils n’ont pas forcément le même but, et puis qui sommes nous pour juger les vrais objectifs du réalisateur ? Vous pourriez comparer The Avengers à Monsieur Smith au Sénat, vous ? Et du coup, il est bon d’avoir quelques films de temps en temps qui nous rappellent ça. En janvier nous avions un autre ovni, Anomalisa, qui nous permettait de réfléchir au concept même d’un film d’animation, puisqu’il était nommé pour l’Oscar (animation), au milieu de Shaun le mouton et Vice Versa. Et aujourd’hui, c’est au tour de High-Rise. Comment pouvons-nous comparer ces ovnis aux autres films ? En tout cas, je vous conseille d’aller le voir. Non pas forcément pour voir un bon film (parce que c’est ni un bon film, ni un mauvais film, suivez un peu !) mais au moins pour l’expérience anxiogène et malsaine qu’il propose. C’est rare de voir ça au cinéma, par les temps qui courent !

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Écrit par Zenigame

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