De l’histoire des minorités dans l’audiovisuel

Cinéma, Séries

Il y a quelques temps, j’ai suivi la série Switched (at birth) et comme vous l’aurez deviné, elle traite de l’échanges de deux enfants (Daphné Vasquez et Bay Kennish) à la maternité, de la découverte de cet événement tardivement (les deux héroïnes sont au lycée) et forcément de l’impact que cela a désormais. Mais au delà de ça, il s’avère que chacune a grandi dans un milieu social bien différent et que l’une des jeunes femmes (la plus pauvre évidemment) est devenue sourde à la suite d’une méningite. Le synopsis n’est pas de dernière fraîcheur, mais ce n’est pas ce qui m’intéresse présentement.

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Katie Leclerc et Vanessa Marano dans Switched at Birth

Vous l’aurez remarqué, on tend quand même à voir un peu plus de minorités au cinéma ces derniers temps. Enfin… Certes, elles sont mises en scènes et incarnées, mais rarement réelles. Et voilà le point où je veux en venir, les créateurs de cette série ont, en plus de traiter de la surdité (sujet globalement invisible dans les médias), “eu les couilles” de caster de vrais sourds pour jouer ces rôles. Et ça fait du bien!

En effet, Katie Leclerc – qui incarne l’un des principaux rôles de la série, Daphné Vasquez – est atteinte de la maladie de Meunière ce qui entraîne une perte progressive de l’audition. Elle a donc appris le langage des signes à l’âge de 17 ans. Sean Berdy, qui joue le rôle de Emmet Bledsoe, un très bon ami de Daphné – est quand à lui né sourd au sein d’une famille de sourds. Et encore Ryan Lane – Travis, un ami et camarade de classe de Daphné – est né sourd dans une famille d’entendants. Tous trois sont néanmoins acteurs professionnels.

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Ryan Lane – Katie Leclerc – Sean Berdy

 

Il en va ainsi pour la surdité, mais également l’homosexualité, la transidentité, le handicap, l’autisme et, fut une époque, la couleur de peau (et je vais revenir dessus un peu plus bas). Les exemples sont multiples : Kevin McHale (Artie) dans Glee ou Francois Cluzet dans Intouchables jouent tous deux un handicapé moteur alors qu’ils sont parfaitement valides. Eddie Reydmane a très récemment incarné une femme transgenre dans The Danish Girl. Sean Penn avait incarné Harvey Milk, Tom Hanks a incarné un autiste dans Forrest Gump puis un homosexuel atteint du SIDA dans Philadelphia. On peut se faire la même réflexion au sujet de Robbie Coltrane (Hagrid) qui avait une doublure pour simuler sa corpulence. Je peux rajouter à cette liste Lawrence Anyway ou encore La vie d’Adèle, et soit dit en passant, ça aurait éviter de faire couler pas mal d’encre de choisir deux actrices réellement lesbiennes, qui aurait d’emblée été à l’aise dans leurs rôles.

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Eddie Reydmane dans The Danish Girl

Je vous l’ai dit plus haut, on pourrait croire que de nos jours le soucis n’est plus à se faire pour la ségrégation raciale mais quand on pense qu’encore récemment Aladdin a été joué par Kev Adams, qu’Alexandre Dumas a été incarné par Gérard Depardieu, ou que le scandale a éclaté lorsque Michael B. Jordan a repris le flambeau (tu l’as) de la Torche humaine dans Les 4 Fantastiques en 2015 ou qu’une actrice noire a été choisi pour incarner Hermione Granger au théâtre (et non, il ne s’agit pas là de blackwashing). Et on ne parle même pas de Gods of Egypt, d’Exodus, Prince of Persia ou de Noah, dont les castings sont à chaque fois “over-blanc” alors que l’on parle de culture moyen-orientale !

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Jamie Parker, Noma Dumezwezni et Paul Thorney

 

Je sais bien que le principe même de l’acteur est de mentir aux spectateurs et de se mettre dans la peau de quelqu’un d’autre. Cependant il me semblerait judicieux de permettre, via ces histoires et ces scénarios, aux minorités d’avoir une meilleure visibilité. Ce sont le plus souvent des histoires de vie qui nous sont contées, ne serait-il donc pas de circonstance de laisser parler les principaux intéressé(e)s. Ces rôles devrait permettre à ces minorités d’exercer le métier qu’ils souhaitent : acteur.

 

Pour reprendre une phrase parfaitement trouvée de Slate.fr : On leur vole sciemment les rôles qui auraient dû naturellement leur revenir.” Car soyons honnêtes cinq petites minutes, lorsque Adèle Exarchopoulos a joué dans l’adaptation de Le bleu est une couleur chaude, son nom était alors peu connu, et ce rôle aurait donc très bien pu être attribué à une autre actrice (lesbienne, par exemple). Soyons également d’accord sur le fait que l’invisibilisation des minorités ne doit pas au final tourner au favoritisme, le casting doit avant tout se faire au talent et à la façon d’incarner le personnage. Rappelons alors que ce raisonnement s’applique uniquement dans un monde de bisounours où chacun a les mêmes chances que son voisin (blanc, noir, asiatique, arabe, hétéro, homo, trans, handicapé, sourd, ou autiste…) Un dernier point pour mettre tout le monde d’accord, il serait temps que n’importe quel rôle de cinéma, de séries, ou de théâtre soit envisagé sans tenir compte des origines, de l’orientation sexuelle ou du handicap du potentiel acteur qui l’interprétera. De même, que s’il est envisagé ainsi, il ne soit pas caricaturé comme le personnage de Benedict Cumberbatch dans Sherlock ou de Jim Parsons dans The Big Bang Theory mais plus façonné comme le  personnage de Temperance Brennan (jamais déclaré Asperger dans la série mais plus proche de la réalité de ce trouble). 

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Planche extraite de Le bleu est une couleur chaude

Je préfère finir sur quelques exemples, de séries et de films qui font les choses bien, comme Games of Thrones (Peter Dinkglage dans le rôle de Tyrion Lannister), Orange is the New Black (Laverne Cox, ouvertement transgenre), Free Love (Ellen Page ayant révélé son homosexualité il y a peu), ou d’acteurs qui ont eu la chance de  Warwick Davis (professeur Flitwick dans la saga Harry Potter et Willow dans Willow), Chris Colfer (Kurt Hummel) dans Glee, et pour les anciens Thierry Redler (diagnostiqué autiste Asperger, et acteur des Les filles d’à côté) ou Dan Ackroyd des Blues Brothers. Imaginez qu’à une époque Selma ou La couleur des sentiments aurait pu être joués avec des acteurs blancs, on a quand même fait des progrès ! 

Je vous invite cordialement à lire cet article traitant d’avantage des minorités de genre et sexuelles.

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A.J.
Écrit par A.J.

Vous vous demandez bien qui peut se cacher derrière ces quatre petites méduses, un peu farouches mais très passionnées. Du coup, c’est un peu le moment où je dois vous parler de moi… Pour le côté barbant, j’ai un bac littéraire option arts plastiques puis j’ai obtenu mon diplôme de stylisme/modélisme. Mais à vrai dire, tout cela importe peu pour vous et pour ce qu’il se passe ici. Le fait est que j’ai toujours aimé écrire et qu’en faisant des études de mode j’ai laissé derrière moi beaucoup de mes passions. Parmi lesquelles, l’art, la danse, l’histoire, etc… Aujourd’hui, j’ai décidé de renouer avec tout ce que j’aime, sans exception. Et je prends plaisir à le partager avec vous tous.

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