The Revenant, l’épopée d’un homme

Cinéma

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Alors que la cérémonie des Oscars approche à grands pas, aujourd’hui sort dans les salles françaises The Revenant, le dernier long métrage du prodige méxicain Alejandro Gonzalez Iñarritu, avec Leonardi DiCaprio en tête d’affiche. L’occasion de partir dans le froid du nord de l’Amérique.

Une histoire glaçante

The Revenant raconte l’histoire tragique mais pleine de courage de Hugh Glass, un trappeur alors en mission de chasse avec son fils dans les montagnes que l’on pourrait placer aujourd’hui dans les états du Dakota (dans les années 1800, période dans laquelle le film s’ancre, ces états n’existaient pas), se fait attaquer par un ours et en ressort grièvement blessé, aux portes de la mort. Ne voyant aucun espoir pour lui et ne voulant pas s’encombrer d’un blessé, son équipe le laisse seul et pour mort. Malgré son état, mus par une haine envers ceux qui lui ont prit le seul être qui comptait dans sa vie, Hugh va réussir à parcourir seul le chemin de retour avec un seul but : la vengeance. L’histoire du film, adaptation du roman de Michael Punke lui même inspiré de l’exploit du trappeur Hugh Glass, permet de tenir le spectateur en haleine avec cette même question : va-t-il retrouver le fort, ou non ? Va-t-il s’en sortir ? Va-t-il avoir cette vengeance qu’il désire tant ?

De Birdman à The Revenant

Allejandro Inarritu, by Daniel Bergeron. Indiewire. 2014. No PR Agreement, No Release on file

Allejandro Inarritu, by Daniel Bergeron. Indiewire. 2014. 

Les deux films n’ont aux premiers abords rien à voir. Pourtant, après le phénomène Birdman, Iñarritu revient sur nos écrans avec un film aux antipodes de son précédent, en tout point. Birdman suivait le chemin vers la tentative de rédemption d’un acteur rendu célèbre par un seul rôle, Birdman, avant de tombler dans l’oubli. Il se voulait une vision de la fiction, du faux, de l’illusion du cinéma et des arts de performance en général. La lumière dans le film n’était jamais vraiment naturel. Entre les couleurs flash des néons, les lumières pour éclairer la scène, ou toutes les autres lumières flash et artificielle, même l’image du film elle même avait un rendu qui nous appellait à réfléchir sur l’illusion du cinéma et de ce qu’elle nous offre.

The Revenant, au contraire, est un hommage à la nature pure et dure, à la réalité, à la dureté de la vie. C’est l’histoire d’un exploit d’un homme face à d’autres hommes, mais aussi face à la nature et à lui même. Iñarritu veut que nous prenions part à cet exploit, que nous le vivions avec Glass, et pour ça il mise sur une recette en théorie simple mais diablement efficace. Ne pas ménager le spectateur, et ne pas le bluffer à coup de trucages de cinéma. Bien avant sa sortie, le film faisait déjà parler de lui pour son tournage très compliqué, et pour cause : Iñarritu ne voulait tourner qu’à la lumière naturelle, dans des décors enneigés naturellement. (Le problème étant qu’avec le réchauffement climatique, il a été dur de trouver des paysages enneigés assez longtemps pour permettre au film de se dérouler correctement sans avoir à monter vers les sommets.) Pour ce faire, il a de nouveau travaillé avec le meilleur directeur de la photographie de sa génération, Emmanuel Lubezki (lui aussi Oscar de la photographie pour Birdman, entre autre) et le résultat est… époustouflant. Chaque scène, chaque paysage est d’une beauté infini et un paradis pour les yeux. La lumière est fantastique, et les couleurs du ciel, du soleil tapant sur la neige, ou celles de l’eau viennent ici balancer la noirceur des propos contés à l’écran. Et encore une fois à la différence de Birdman, elle est entièrement naturelle.

Un autre point qui peut différencier ces deux films, c’est la musique. Birdman était très particulier sur ce plan. Le fond musical composé par Antonio Sanchez était quasiment composé que d’une batterie et était omniprésent tout le long du film. Pour encore renforcer cette frontière entre fiction et réalité, on rencontrait subtilement cette fameuse batterie au détour d’un couloir. Dans le cas de The Revenant, le compositeur Ryuichi Sakamoto a créé une musique que l’on peut facilement oublié, pour permettre au spectateur de se focaliser entièrement sur les images qu’il a en face de lui sans se laisser distraire par une musique. Tout est fait pour immerger le spectateur dans le fond du film.

Des interprétations à la hauteur du projet

Pour interpréter cette sombre histoire, le réalisateur a fait appel à une équipe d’acteurs qui n’ont plus à être présenté. Tout d’abord, l’excellent Domhnall Gleeson, qui a connu son succès dans Harry Potter et qui, l’année dernière, a été sur tous les fronts (vu notamment dans Star Wars, excusez-moi du peu). Il campe ici le rôle de celui qui commande l’équipe de chasseurs, un rôle de leader donc, rôle fort qui est en un certain sens plutôt nouveau pour lui. Quand on pense à lui comme le garçon timide de Il était temps ou à ce musicien à l’air effrayé dans Frank, il est un peu surprenant de le voir dans un rôle comme celui-ci. Il montre surtout toute la palette de l’acteur qui s’avère être complète. On notera aussi les débuts à l’international du jeune mais prometteur acteur britannique Will Poulter. Enfin, l’histoire se centre sur le duo au charisme plus élevé que le mont Everest : Tom Hardy et Leonardo DiCaprio. Les deux acteurs s’affrontent dans des scènes à bout de souffle, et ces scènes intenses nous font nous questionner sur ce qu’ils ont dû endurer pendant le tournage. Le jeu est tellement bon que la douleur pour le spectateur est quasi-réelle. Je suis d’ailleurs ressortie de la séance avec quelques douleurs fantômes. Au vu du film, on comprend et on accepte d’ailleurs très bien les nominations aux Oscars des deux acteurs (et on croise les doigts. Allez, allez !).

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Bon, et du coup, on se déplace ?

Oui. Trois fois oui. Et pourtant, je considère que ce n’est pas un film à mettre entre toutes les mains. Il est quand même long, et lent à certains moments, mais la lenteur est expliquée, et on est vite prit dans l’action et l’histoire. Ce film est loin des blockbuster que l’on a l’habitude de voir sur nos écrans, et c’est tant mieux. Dans un Hollywood actuel où la prise de risque est mal vue et pratiquement plus financée, Iñarritu est encore l’un des seuls à nous offrir du cinéma pour ce qu’il a de plus pur. Pas de placement de produit, pas d’effets spéciaux à profusion. Juste de magnifiques images mettant en scène de magnifiques acteurs. C’est de l’art, comme devrait l’être le cinéma. Et rien que pour ça, il mérite d’être vu. Un beau chef-d’oeuvre.

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Lady Brett
Écrit par Lady Brett

Mais qui est cette folle de Lady Brett ? Vous devez sûrement vous poser cette question. Et bien je vais y répondre. Ayant eu la chance de grandir dans une maison pleine de livres et de films en tous genres (quand elle n’était pas en train de voguer sur les mers de son enfance) c’est assez naturellement qu’elle a développé une soif de découverte et de partage. De nature un peu trop passionnée, elle rêve sa vie en voyages, au sens littéral comme figuré. Quand elle n’a pas la chance de voyager quelque part, elle le fait dans sa tête rêveuse, grâce à la musique qu’elle écoute tout au long de la journée, ou bien aux nombreux films et séries qu’elle regarde tel un besoin vital, ou encore de ces livres qu’elle dévore par période. Elle aime découvrir, elle aime en parler, d’où l’idée de se lier à ses amies méduses pour ouvrir ce beau blog.

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