Caratacos : Le Vercingétorix British

Histoire

Aujourd’hui nous allons nous attaquer à une période de l’histoire que les fans de Kaamelott adorent : l’invasion romaine de la Grande-Bretagne. Notre premier article sur le sujet va se centrer sur les aventures et mésaventures d’un héros : Caratacos. C’est à travers son histoire que nous allons comprendre les débuts de l’invasion d’une terre mystique et effrayante : La Grande-Bretagne.

Quelques tribus celtes

Quelques tribus celtes

Pour comprendre qui était Caratacos, il faut savoir quel était l’état de son pays avant l’invasion. Si vous avez déjà regardé Kaamelott, vous avez surement remarqué que l’on parle beaucoup de « clans » et de « fédération ». C’est tout simplement parce qu’avant la conquête romaine, la Grande-Bretagne, ça n’existe pas ! Enfin pas au niveau politique. En effet, l’île de Bretagne est divisée en clans, avec chacun leur chef et leurs coutumes. Si vous avez été attentifs en cours d’histoire en sixième, ça doit vous rappeler quelque chose : la Gaule. Nos ancêtres gaulois étaient, eux aussi, avant les Romains, divisés. C’est d’ailleurs ce qui a causé leur perte (malgré toute la volonté de Vercingétorix pour les unir). Cette ressemblance n’est pas étonnante car à cette époque, on trouve à peu près le même « peuple », en Gaule et en Grande-Bretagne : les Celtes. Leurs coutumes se ressemblent et ils parlent des langues très similaires. On peut d’ailleurs le voir encore aujourd’hui en comparant le gallois (langue parlée au Pays de Galles) et le breton (langue parlée en Bretagne française). Ces deux langues sont très similaires, les Bretons et les Gallois pouvant même se comprendre assez facilement.

Din Lligwy, un village érigé entre le 3ème et le 4ème siècle après J.C. à Anglesey, Pays de Galles

Din Lligwy, un village érigé entre le 3ème et le 4ème siècle après J.C. à Anglesey, Pays de Galles

Empereur Claudius (10 avant J.C. - 54 après J.C.)

Empereur Claudius (10 avant J.C. – 54 après J.C.)

Ces différents clans prospéraient donc, en se tapant plus ou moins les uns sur les autres, mais en l’an 43, les envahisseurs traversèrent la Manche. Ils avaient été envoyés par l’empereur Claudius qui trouvaient que conquérir la terre que même César n’était pas parvenu à envahir rabattrait le caquet de tous ceux qui le traitaient d’idiot. Envahir le continent semblait facile car le manque d’unité nationale rendait Britannia très faible face à une super-puissance comme Rome. Les tribus se battant même parfois entre-elles, il était facile d’appliquer la technique du « diviser pour mieux régner » (#Cortes). Les tribus n’ont quasiment jamais travaillé ensemble et certaines d’entre-elles voyaient même dans la conquête romaine une opportunité de se foutre sur la gueule avec les autres et d’en tirer un avantage politique et économique. Le seul point fort des celtes était leur situation géographique. Une île est bien plus difficile à attaquer qu’un territoire limitrophe, et il fallut beaucoup d’organisation pour envoyer des romains débarquer sur le sol sauvage.

Un serpent géant qui aurait été aperçu en 1915 dans la Manche

Un serpent géant qui aurait été aperçu en 1915 dans la Manche

Pourtant, les Romains avaient peur. Il voyaient les Celtes comme des sauvages, vivants dans un pays au climat hostile, ayant des coutumes violentes et ne vivant que pour se battre. Avant la traversée, un certain nombre de soldats commençait à se dire que c’était peut-être un peu dangereux d’aller taper sur ces bêtes sanguinaires et ils songeaient sérieusement à déserter. Des superstitions entouraient aussi la Manche, c’était une mer remplie de monstres immenses, des démons prêts à faire chavirer les navires et dévorer les hommes. Pour eux, c’était un peu comme aller au-delà du mur dans Game of Thrones !

wikipedia-Celtic_Oppidum_1st_century_B.C.

Un Oppidum celtique

Ce sont donc des soldats tremblants qui arrivèrent sur le sol celte. Des troupes parcoururent les alentours pour se rendre compte du terrain et des endroits où se trouvaient les adversaires, mais ils ne trouvèrent personne les premiers temps. Au bout de plusieurs jours, ils tombèrent enfin sur un groupe de Catuvellani (un des clans les plus puissants de Bretagne), de l’autre côté de la rivière Medway. Envoyant un groupe de soldat sans armure, il leur fut ordonné de traverser la rivière pour attaquer les chevaux qui tractaient les chariots. Le reste de l’armée avança ensuite vers les Celtes, attendant l’attaque, en ligne. Deux jours de batailles s’en suivirent, les assaillants celtes ayant une toute autre technique de combat. Les Bretons, des soldats-fermiers sans armures, attaquaient de façon totalement désorganisée. Les Romains, eux, bien armés et surtout très disciplinés, n’avaient aucun mal à les repousser. Beaucoup de bretons furent tués pendant la bataille, notamment Togodumnus, roi des Catuvellani. Les survivants s’enfuirent vers le nord, et se réfugièrent dans la ville de Camulodunum, actuelle Colchester, l’oppidum (lieu de refuge fortifié caractéristique de la culture celtique) des Trinovantes, un autre clan majeur de l’époque. Cependant, cette ville sera prise par Claudius lui-même, en mode Thug life sur éléphant (parce que why not ? ).

Après cette victoire, onze tribus se soumirent sans combattre, parfaitement conscientes qu’elles n’avaient aucune chance. Parmi ces clans, certaines réussir à avoir leur part du gâteau. Les Romains aimaient beaucoup les « Etats-client ». Ces états, s’ils se soumettaient, étaient garantis de pouvoir garder leur armée, leur chef, leur monnaie et d’être protégée par l’armée romaine. En contre partie, le territoire conquis devait verser de lourdes taxes à Rome.

En 47, une grande partie de l’actuelle Angleterre est conquise, non sans quelques rebellions, notamment de la part des Iceni. La prochaine cible est le Pays de Galles, composé de quatre tribus majeurs : les Deceangli, les Ordovices, les Demetae et enfin les Silures (oui, comme les poissons) . Toutes se rebellèrent mais la plus fervente fut la tribu des Silures, établie au sud du Pays de Galles. Ils s’allièrent aux Catuvellani et Caratacos devint leur chef.

Caratacos représenté sur un vitrail de Colchester

Caratacos représenté sur un vitrail de Colchester

Caratacos (Caratacus en latin et Caradog en gallois, oui oui c’est un des personnages historique qui aurait inspiré le Caradoc des légendes arthuriennes ! ) avait perdu son frère, Togodumnus, pendant la bataille de Medway, autant dire qu’il avait une légère envie de vengeance. Cette alliance n’avait qu’un but, reconquérir la Bretagne. Cependant Scapula, gouverneur romain, ne l’entendait pas de cette oreille et voulait dissoudre cette dangereuse alliance. Pour ce faire, il envoya deux légions pour tenter de soumettre Caratacos. Le problème c’est que si les Romains étaient des guerriers extraordinaires, de part leurs tactiques très modernes, leurs compétences étaient bien moins utiles lorsque l’ennemi attaquait par surprise. Les Bretons connaissaient parfaitement la région et pouvaient se cacher pour surprendre leurs ennemis pendant leurs déplacements. Même la discipline romaine ne pouvaient faire face à ces attaques, puisqu’il était impossible de manœuvrer en plein milieu d’une forêt, et surtout parce que la surprise provoquait panique et incompréhension. Cette guerilla à la bretonne fut une réussite pour les Catuvellani.

La capture de Caratacos par Sydney Herbert

La capture de Caratacos par Sydney Herbert

Malgré plusieurs victoires, Caratacos dut se retirer et céder le sud du Pays de Galles pour fuir. L’armée romaine, à leurs trousses, finit par taper sur le système du chef de clan. Il devait faire face ! Lui et ses hommes s’arrêtèrent donc au centre du Pays de Galles et attendirent l’arrivée de l’armée de Scapula. En haut d’une colline, les rugissements des Celtes étaient si impressionnant que Scapula en fut terrifié, comme s’il avait à faire à des bêtes sauvages fondant sur lui. Les soldats romains avancèrent cependant, pendant que les Gallois leurs lançaient des pierres. Les Romains se protégèrent de leurs boucliers (formation de la tortue en force ! ) et continuèrent à marcher vers l’ennemi. C’est l’extraordinaire armée romaine qui finit par l’emporter, trop bien organisée, trop bien pensée pour être vaincue. Caratacos put fuir mais sa famille (femme, frère et fille) fut capturée, ainsi que d’autres hommes et femmes qui servirent d’esclaves ou furent exécutés. Il tenta de chercher de l’aide auprès de Brigantes, un clan qu’il croyait allié, mais qui le trahit. Ces derniers l’emprisonnèrent et le livrèrent aux Romains. Il fut envoyé à Rome avec sa famille pour subir un faux procès.

C’est Tacitus, un historien romain, qui nous raconte le procès. Alors que la mise à mort est prononcée pour la famille bretonne et que la foule s’agglutine pour voir le sang couler, Claudius accorde à Caratacos une dernière parole. Devant tous ces romains, entouré de sa famille prête, tout comme lui, à être exécutée, voilà ce que le chef gallois dit à l’empereur :

wikipediaCaractacus-Claudius-Birrell-Fuseli

Andrew Birrell (d’après Henry Fuseli), Caractacus au Tribunal de Claudius à Rome (1792)

« Si ma modération dans la prospérité eût égalé ma naissance et ma fortune, j’aurais pu venir ici comme ami, jamais comme prisonnier ; et toi-même tu n’aurais pas dédaigné l’alliance d’un prince issu d’illustres aïeux et souverain de plusieurs nations. Maintenant le sort ajoute à ta gloire tout ce qu’il ôte à la mienne. J’ai eu des chevaux, des soldats, des armes, des richesses : est-il surprenant que je ne les aie perdus que malgré moi ? Si vous voulez commander à tous, ce n’est pas une raison pour que tous acceptent la servitude. Que je me fusse livré sans combat, ni ma fortune ni ta victoire n’auraient occupé la renommée : et même aujourd’hui mon supplice serait bientôt oublié. Mais si tu me laisses la vie, je serai une preuve éternelle de ta clémence. »  Tacitus, Annales, livres XII, 33-38

Pour résumer, Caratacos explique qu’il n’est par n’importe qui. C’est un noble, un chef, qui tout comme l’empereur commandait à des hommes et possédait des biens et qui aurait très bien pu devenir son allié si les Romains n’avaient pas insisté à recourir à la force. Nul besoin d’asservir pour commander. Il explique aussi que c’est parce qu’il s’est opposé que Claudius a pu obtenir une plus grande renommée en mâtant ce rebelle. Mais s’il le tue, qui s’en souviendra ? Alors que s’il lui laisse la vie sauve, il rappellera à chaque instant la victoire de Claudius.

Ce discours, sauva le chef et sa famille, qui furent autorisés à vivre à Rome. Claudius prouva ainsi qu’il avait le pouvoir suprême, celui de prendre ou des sauver une vie et celui de soumettre même les peuples les plus rebelles. Je vous invite à revoir ce passage de la liste Schindler (désolée, c’est en anglais) où Schindler explique ce qu’est le pouvoir. Ne serait-ce pas de l’empereur Claudius dont il parle ?

Malgré le départ de Caratacos, qui mit un coup au moral des rebelles, toute flamme de résistance n’était pas éteinte pour autant ! Les Silures, toujours là, attaquèrent les Romains (qui tentaient de construire un fort) et les massacrèrent. Cette attaque fut très dure à encaisser pour les Romains, ils mirent du temps à se rassembler, la mort de Scapula en 52 n’aidant en rien. Son successeur, Galius, constata que la main mise de Rome sur la Bretagne faiblissait. Même les Brigantes, pourtant alliés, commençèrent à se rebeller. Caratacos leur avaient montré la voie.

Il n’est pas étonnant que les Bretons se mirent peu à peu à se rebeller si on considère l’attitude arrogante des Romains face aux conquis, s’ajoutant aux lourds tribus devant être payés par les clans. Ils étaient considérés quasiment comme des esclaves, pour ceux qui ne le sont pas carrément et envoyés dans des mines. Tacitus nous dit bien, que « Les Bretons […] peuvent supporter d’être gouvernés par d’autres, mais ne seront jamais leurs esclaves » (ndt. traduction approximative à partir de l’anglais).

Galius organise donc plusieurs raids punitifs autour de l’an 50, mais cela ne fait qu’attiser la flamme de la rébellion, notamment au Pays de Galles.

La conquête romaine est donc bien loin d’être terminée, nous en verrons la suite la prochaine fois en nous intéressant cette fois-ci à un autre personnage : Baudica.

A bientôt et n’oubliez pas : « Pays de Galles indépendant !!!!! « , Perceval, Kaamelott.

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E.V.
Écrit par E.V.

Hi everyone ! Ici votre commandant de bord, E.V. ! Notre bateau de croisière en destination du Royaume-Uni passera par les Etats-Unis, l’Inde, l’Australie, l’Afrique et bien sûr l’Irlande ! Je vous servirais de guide en vous en apprenant un peu plus sur des évènement marquant de tout ce monde anglophone ou sur des personnages importants. Nous passerons aussi en revue des écrivains ainsi que certaines de leurs œuvres ou certains des courants littéraires auxquels ils appartiennent (ou appartenaient). Bon voyage à bord de Jellyfishthinks Crusades© !

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