The Last Kingdom : pépite méconnue

Séries, Séries Britanniques

Dans la myriade de séries qui sortent à chaque rentrée il est difficile de s’y retrouver surtout quand il y a deux rentrées par an. C’est trop, mais on ne me demande jamais mon avis. Ce qui provoque un drame dont on ne parle jamais : beaucoup trop de bonnes séries sont sacrifiées et jetées aux oubliettes. Je vous propose donc d’en découvrir une dont quasiment personne n’a entendu parler et c’est bien dommage.

Affiche The Last Kingdom

Source : www.allocine.fr/

De quoi ça parle ?

Au Xe siècle de notre ère, dans l’Angleterre médiévale, Uthred fils d’Uthred saxon de naissance est capturé par les Danois et emmené comme esclave. Très vite, ses propriétaires le considèrent comme un fils et l’élèvent comme tel. La veille du mariage de sa sœur adoptive, la famille danoise d’Uthred est sauvagement massacrée et ce dernier accusé. Le jeune homme se promet alors de recouvrer son héritage saxon, usurpé par son oncle lors de sa capture, et de venger sa famille adoptive. Mais comme le Xe siècle anglais n’est clairement pas une partie de plaisir, Uthred doit à la fois composer avec les Danois qui veulent sa peau et les Saxons qui le méprisent et ne lui accordent aucune confiance.

Après ce résumé digne d’un mauvais magazine télé ou d’un bon roman Harlequin, je suis bon prince, je vous laisse décider, une question vous brûle les lèvres, je le sais : pourquoi perdre votre précieux temps à regarder une énième série historique de la BBC. D’autant plus que dans le cas présent il s’agit de la BBC américaine et que ça ne donne pas super envie. Ça tombe bien parce qu’autant en résumé j’ai des lacunes autant j’ai plein de bons arguments.

Un avertissement avant de commencer, si vous n’aimez pas le sang et la violence cette série n’est pas pour vous. Elle contient un nombre conséquent de morts, de viols plus ou moins suggérés, d’épées passées à travers le corps et de membres coupés. Ceci étant dit, ce n’est pas affreusement gore non plus, mais j’ai l’estomac bien accroché, faites ce que vous voulez de cette information.

Uthred à cheval

Uhtred à cheval – www.allocine.fr

The Last Kingdom relate une période assez mal connue de l’histoire anglaise (d’autant plus si comme moi vous ne connaissez rien de l’Histoire de l’Angleterre entre le mur d’Hadrien et Henry VIII environ), bien avant que l’Angleterre ne devienne une nation. Bien entendu, les événements sont romancés, mais l’arrière-plan s’ancre lui profondément dans le réel. Un conseil, ne cherchez pas les personnages sur Internet avant la fin de la série sinon la grande Histoire risque de salement vous spoiler la petite et je vous parle d’expérience. Mais revenons à nos Saxons, à savoir pourquoi regarder The Last Kingdom.

— Parce que la série ne sombre pas dans le manichéisme primaire. Les Danois ne sont pas uniquement les monstres sanguinaires sans humanité que se plaisent à voir les Saxons et les Saxons empêtrés dans un fanatisme religieux malsain ont beau se targuer d’être civilisés ils n’en passent pas moins leur temps à se trahir et à massacrer les païens. Il est difficile de choisir un camp tant personne n’est vraiment sympathique.

— Parce que les personnages ne sont pas immortels. Si tuer des personnages principaux n’a jamais trop dérangé les Britanniques, il est évident que Game of Thrones est passé par là et je vous conseille de ne pas trop vous attacher sous peine de voir votre petit cœur se briser.

— Parce que les personnages sont travaillés et profondément humains. Uthred est à la fois un homme très droit et un adolescent en colère, arrogant et trop fier. Le roi Alfred conjugue habilement dévotion fanatique et intelligence éclairée et le père adoptif d’Uthred qui n’hésite pas à massacrer, piller et violer n’en est pas moins un bon père et un homme aimant et aimable.

— Parce que la série n’oublie pas les femmes. D’accord, on est loin de la parité mais les femmes de The Last Kingdom n’ont que faire d’être secourues et savent se défendre, survivre et elles le font bien. Pour n’en nommer que deux et vous préserver le mystère laissez-moi citer Brida la Saxonne devenue danoise avec son caractère explosif et sa répartie jamais en panne et la reine Aelswith, fanatique, mais influente qui si elle n’inspire guère la sympathie force le respect pour réussir à se faire une place dans cette cour hostile.

— Parce que si elle prend des libertés sur le plan historique, la série sort du cliché d’un Moyen-Age aseptisé empreint de valeurs directement issues de notre époque. Il est vrai que c’est globalement encore trop propret et les personnages ont encore les cheveux un peu trop bien coiffés (mieux que vous et moi après un brushing donc), mais ils ne changent pas de tenue toutes les trois secondes, sont habillés d’imposantes fourrures assez peu pratiques ou enveloppés sous des épaisseurs de tissus. Se laver se fait vite fait à l’abreuvoir et on dort sur la paille près des bêtes. D’ailleurs on a beau le savoir qu’à cette époque, la terre était peu peuplée, la série prend le parti de ne pas nous enfumer sur les batailles. Quand 40 personnes se battent, c’est tout ce qui apparaît à l’écran et ça change des batailles épiques habituelles dont les rangs de guerriers sont outrageusement remplumés à coup d’effets spéciaux. Il y a quelque chose d’impressionnant et de dérisoire à voir une bataille décisive se jouer entre deux armées d’à peine 150 têtes.

— Parce que la série file un bon coup de pied dans le mythe encore trop tenace des beaux châteaux, des princesses évaporées et oisives et des princes forts et nobles. Elle esquisse une époque où l’important était la survie des siens au détriment des autres où l’on protège les plus faibles de sa communauté tout en pillant et massacrant ceux d’en face et où le lignage et la parole d’un homme est tout ce qui importe.

— Malgré un ancrage solide dans l’Histoire The Last Kingdom sait se créer une atmosphère particulière, à la limite entre la réalité et les brumes mythologiques, appuyée par une bande-son singulière et lancinante.

Et si tout ça ne vous a pas donné envie de regarder la série (je me permets de vous trouver difficiles), il faut rajouter que les acteurs sont excellents et on y retrouve notamment Ian Hart (My Mad Fat Diary) et Matthew McFayden (Ripper street) et la première saison ne fait que 8 épisodes, ce qui est bien plus raisonnable que de binge watcher des saisons de 24 épisodes non ?

Escadron danois

Armée danoise – http://www.telegraph.co.uk

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BatVador
Écrit par BatVador

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