La Guerre des Deux Roses…

Histoire, Littérature

… ou Game of Thrones dans la vraie vie.

La Guerre des Deux Roses (« The War of the Roses » dans la langue de Shakespeare) : un joli nom pour la guerre qui a tué le plus de seigneurs anglais dans l’histoire d’Angleterre. Certains d’entre vous ont d’ailleurs déjà dû entendre ce nom. En effet, Nota Bene en a parlé dans sa vidéo sur les origines historiques de Games of Thrones, puisque G.R.R. Martin s’est beaucoup inspiré de cette guerre. Il n’est d’ailleurs pas le seul à s’être passionné pour cette histoire sanglante. Cinq siècles avant lui, William Shakespeare créait une trilogie ayant pour thème central cette guerre où prenait place batailles, trahisons et meurtres d’enfants. La trilogie Henry VI – dite « la première tétralogie de Shakespeare » (oui parce que c’est une trilogie mais une des pièces est séparée en trois, c’est très pratique pour s’y retrouver ! ) – comprend les pièces Henri VI (partie 1, 2 et 3) et Richard III. Il écrivit ensuite un prequel  à cette trilogie sous la forme d’une autre trilogie/tétralogie se déroulant avant le guerre des deux roses, c’est-à-dire pendant la guerre de 100 ans. Mais pourquoi tant d’engouement pour cette guerre mise à part sa violence ? Sûrement parce qu’elle implique un grand nombre de problèmes politiques. C’est d’ailleurs ce qui a causé beaucoup de soucis à votre humble serviteur ! Malgré la complexité du conflit et le nombre incroyable de personnages impliqués dans l’affaire, je vais essayer de vous offrir une explication digeste et, surtout, compréhensible. Pour comprendre la Guerre de Deux Roses, il faut s’intéresser à la dynastie d’Edouard III. Mais qui est-il ? C’est le roi d’Angleterre qui a déclenché la Guerre de Cent Ans en tentant d’envahir la France dont il possédait déjà la partie occidentale et un fief appelé la Guyenne. Pour une plus grande explication de la guerre de cent ans, je vous conseille l’excellente vidéo de Epic Teaching of the History . Après cette guerre, remportée par les Français (alors qu’ils étaient franchement mal barrés au départ), le roi d’Angleterre restera encore officiellement roi de France pendant un petit paquet d’années. La Guerre des Deux Roses se déroulera juste après la fin de la Guerre de Cent Ans. Pour résumer, cette guerre va mettre en scène plusieurs prétendants au trône (comme dans Game of Thrones) et c’est pourquoi la généalogie d’Edouard III va être très importante – pour légitimer les droits au pouvoir. Nous commencerons d’abord par un petit arbre généalogique auquel vous pourrez vous référer tout au long de cet article. Cet arbre nous permettra de savoir qui fait partie du camps des Lannister, euh pardon, des Lancastre (les pro Henri VI, roi au pouvoir pendant le conflit) et qui fait partie de celui York (les autres). Chaque clan est représenté par une rose, une rose rouge pour les Lancastre et une rose blanche pour les York, c’est pour cela que la guerre sera appelé « Guerre des Deux Roses ».

La dynastie d'Edouard III

La dynastie d’Edouard III

En 1422, 7 ans après être sorti victorieux de la bataille d’Azincourt, Henri V meurt et son fils, Henri VI, est couronné roi de France et d’Angleterre à seulement 9 mois. Son titre de roi de France lui vient de sa mère, Catherine de Valois fille du roi de France Charles VI Le fol qui meurt lui aussi en 1422. En attendant que le jeune roi soit apte à gouverner, ce sont ses oncles qui vont exercer le pouvoir : Jean Beaufort et Richard d’York. La Guerre de Cent Ans prend à ce moment un autre tour puisque les Français décident de ne plus participer à des batailles rangées. Ils attaquent les envahisseurs anglais (notamment leur convois de ravitaillement) par surprise, transformant la guerre en guérilla et démoralisant les troupes

 Henri V

Henri V, artiste anonyme, fin XVIe-début XVIIe siècle, National Portrait Gallery, Londres

adverses qui ont faim. Lorsque Henri VI prend le pouvoir, il se révèle être un bien mauvais roi comparé à son père Henri V. Henri VI est un homme dévot et très cultivé qui, malgré son intelligence est beaucoup trop tendre. Sa femme, Marguerite d’Anjou, est en revanche très forte et possède un caractère impitoyable. Mais ce n’est malheureusement pas Marguerite qui gouverne et les anglais sont mécontents de leur roi qui accomplit des actions diplomatiques désastreuses (comme rendre des terres aux Français). De plus, on commence à questionner sa légitimité au trône puisque son grand-père, Henri IV est devenu roi par un coup d’état qui détrôna Richard II. Henri IV avait cependant été accepté parce que le gouvernement de Richard II était extrêmement impopulaire. Revenons-en à Henri VI. Notre bon roi, malgré le fait qu’il ait les pleins pouvoirs, se laisse, par sa nature naïve, beaucoup influencer par ces conseillers, notamment le duc de

Henri VI

Henri VI, artiste anonyme, fin XVIe-début XVIIe siècle, National Portrait Gallery, Londres

Somerset, et ils ne lui donnent pas que des bons conseils. Le roi et son conseiller préféré se fâchent par exemple avec le duc d’York pour des histoires de sous prêtés et non rendus. Cette querelle aura de graves conséquences par la suite puisque le duc d’York est un descendent direct d’Edouard III et peut donc prétendre au trône. Il va profiter du mécontentement du peuple envers le roi pour s’attirer son support. Cependant, Henri VI est encore soutenu par la noblesse ce qui pousse le duc à quitter la cour. En 1453, l’année de la fin de la Guerre de Cent ans, Henri VI fait ce qu’on appellerait sûrement aujourd’hui un AVC. Il en restera paralysé pendant environ un an.  Notre duc favori en profite pour revenir à la cour après avoir fait quelques alliances avec les ducs de Warwick et de Salisbury, membres de la famille de Neuville (non pas celui de Harry Potter). Il persuade habillement le Conseil de le nommer protecteur du royaume et a donc le pouvoir de faire envoyer Somerset en prison, ce qu’il fait avec grand plaisir. Après cela, les ducs de Somerset, de Warwick et de Salisbury n’ont plus d’influence, même si Somerset sera relâché un an plus tard, lorsque Henri VI se sera rétabli de sa paralysie. La cour se retrouve divisée en trois : Les York (pour le duc d’York), les Lancastre (pour le roi Henri VI) et les neutres. C’est à partir de ce moment que commence la Guerre des Deux Roses.

La rose blanche des York et la rose rouge des Lancastre

La rose blanche des York et la rose rouge des Lancastre

Henri VI, gentil comme il est, essaye de réconcilier les deux camps mais, bien sûr, sans y parvenir. York se fait, de plus, passer pour le gentil en promettant qu’il veut juste protéger le roi des traîtres (mais bien sûr…). C’est le chaos dans l’armée du roi qui se divise entre les rouges et les blancs (tient ça rappelle aussi un certain Alice de l’autre côté du miroir  ! ). Le roi n’a pas le pouvoir de contrôler les nobles qui font un peu ce qu’ils veulent sur les champs de batailles, c’est-à-dire que si le roi les appelle à l’aide, ils peuvent décider de ne pas venir. La première bataille notable fut celle de Saint Alban le 22 mai 1455. Les York réussissent à prendre le noyau dure de la défense par surprise, à égorger le chef de la troupe adverse pendant que le roi, s’étant pris un carreau d’arbalète dans l’épaule, se réfugiait chez un tanneur. Il est ensuite retrouvé par des alliés et escorté jusqu’à l’abbaye du coin. Durant la bataille quatre lords meurent, dont le duc de Somerset. En 1459, la reine Marguerite d’Anjou juge le duc d’York coupable de trahison (il avait, à

Marguerite d'Anjou

Marguerite d’Anjou

l’origine, juré fidélité au roi donc c’était pas très cool de lui faire la guerre ensuite…). Elle va donc l’affronter avec son armée, mais celle-ci se fait écraser en 1459. Marguerite parvient à s’échapper et à revenir vers son époux. Survient ensuite la bataille de Ludlow où l’armée d’York part très confiante. En effet les rangs de la rose blanche se sont gonflées d’ un fort pourcentage d’hommes venant de Calais (en France), région sous le commandement du duc de Warwick. Cependant, ce commandement est récent et un grand nombre d’hommes de Calais se sentaient plus rouge que blanc. Le duc d’York n’avait pas prévu qu’une partie de ses hommes se rangeraient, en plein milieu de la bataille, du côté des Lancastre, faisant ainsi perdre la bataille aux blancs. Le duc d’York s’enfuit en Irlande et les ducs de Warwick, de Salisbury ainsi qu’Edouard d’York (fils du duc d’York) se réfugient à Calais. Là-bas, Warwick profite de son temps libre pour espionner les Lancastre et répandre de la propagande pour la famille d’York. Grâce à cela, et à sa fortune, il obtient le soutien de dix grandes dynasties anglaises. En juin 1460, les partisans du duc d’York, s’étant attiré le soutien du peuple, regagnent l’Angleterre. L’armée royale, avertie, marche vers la troupe adverse et prend possession, à Northampton, d’une série de constructions de défense solides ainsi que d’une grande quantité d’artillerie. Mais un nouveau retournement de situation opère et un certain nombre de soldats royaux changent de camp et décide d’aider les yorkistes à infiltrer la défense. Un nombre important de chevaliers et de lords Lancastre sont tués ainsi qu’une partie de la garde du roi. A la fin de la bataille, Henri VI est fait prisonnier. Tranquille, le duc d’York n’a plus qu’à revenir d’Irlande pour cueillir le roi. Il revendique le trône sans consulter les lords (OSEF total je veux la couronne).  Alors que la pouvoir revient normalement à Edouard de Westminster (fils d’Henri VI) le duc d’York est reconnu finalement par le parlement en 1460 pendant que le roi est maintenu en semi-captivité. Marguerite d’Anjou ne l’entend pas de cette oreille et compte bien sauver la mise à son mari une fois de plus. Elle éveille la sympathie du peuple envers son fils dépossédé du pouvoir ce qui a pour conséquence de faire écarter les lords yorkistes de la cour. Les troupes Lancastre attaquent le Nord de l’Angleterre. Le duc d’York tente de contre-attaquer mais il est fait prisonnier de son propre château. Il se fera finalement assassiné en décembre 1460 par les enfants des soldats qu’il avait tués à Saint Alban (Valhar Morgulis, on rigole pas avec le karma). Sont aussi tués un de ses fils ainsi que le duc de Salisbury. Cette boucherie est l’occasion pour les partisans d’York de faire une nouvelle fois de la propagande, en dénonçant cette fois-ci l’attitude barbare des partisans du roi (comme si les yorkistes étaient de parfaits petits anges…). La bataille continue malgré la mort de Richard d’York car le compte de Warwick maintient ses hommes près de Londres (pour avoir un bon accès aux vivres). L’armée des Lancastre continue sa marche vers Londres et Warwick est vaincu à Saint Alban. Henri VI s’échappe et rejoint son épouse pendant que Warwick fuit. Un problème se pose cependant lorsque le roi Lancastre arrive à Londres : Edouard d’York, le fils du duc d’York, se proclame lui-même roi sous le nom d’Edouard IV. Nous avons donc deux rois d’Angleterre : Edouard IV et Henri VI. CLIFFHANGER !!!!! (le dénouement dans un prochain article ! )

E.V.

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Écrit par E.V.

Hi everyone ! Ici votre commandant de bord, E.V. ! Notre bateau de croisière en destination du Royaume-Uni passera par les Etats-Unis, l’Inde, l’Australie, l’Afrique et bien sûr l’Irlande ! Je vous servirais de guide en vous en apprenant un peu plus sur des évènement marquant de tout ce monde anglophone ou sur des personnages importants. Nous passerons aussi en revue des écrivains ainsi que certaines de leurs œuvres ou certains des courants littéraires auxquels ils appartiennent (ou appartenaient). Bon voyage à bord de Jellyfishthinks Crusades© !

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