[Du livre au film] Child 44, de Tom Robb Smith

Cinéma

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Lady Brett est une grande fan du roman Child 44 de Tom Robb Smith. Et en tant que fan, elle a couru voir l’adaptation de Daniel Espinoza au cinéma dès sa sortie. Elle vous en livre aujourd’hui ses impressions.

J’adore lire, et pourtant des romans qui m’ont plu au point d’en faire une propagande autour de moi, il n’y en a pas eu énormément. Child 44 en fait partie. Alors que l’adaptation du best-seller vient de sortir au cinéma, c’est assez naturellement que cette nouvelle édition « Du livre au film » lui est consacrée. Prêt à faire un saut dans la terrifiante Russie soviétique ? Tous en voiture alors !


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Du livre…

Child 44 est le premier roman de l’écrivain anglais Tom Robb Smith. Il prend place durant l’époque la Russie soviétique d’après Seconde Guerre mondiale. L’histoire est centrée autour d’un membre du MGB (ex-KGB), Leo Demidov, héros illustre et personnage respecté et implacable, pro-soviet et fière de son pays. Après la mort suspecte du fils d’un des meilleurs amis de Leo, ce dernier commence à soupçonner un meurtre dans un pays où le sujet est tabou (« Il n’y a pas de crime au paradis. »). Alors que les disparitions d’enfants se multiplient, Leo et sa femme Raissa vont se retrouver à devoir élucider le mystère tout en devant faire face au terrible MGB, terreur du peuple, pour qui ils sont devenus des cibles, et donc par définition, à abattre.

 Oui oncle Fester, je sais, c'est passionnant.

Oui oncle Fester, je sais, c’est passionnant.

Sorti en 2008, Child 44 est très vite devenu un best-seller international. La raison en est très simple : il est addictif, à condition d’aimer le genre du thriller bien sûr. Mais pour le reste, il a quasiment tout bon. L’histoire est très bien montée, structurée, et le plot twist commun au thriller est bien présent. Les grandes nations sont des terrains de jeu idéaux pour les inventeurs d’histoires policières, parce qu’ils sont comme des icebergs : la face visible n’est rien comparée à la masse de choses qui se passent en secret. Et pour ça, l’URSS est un paradis. On l’a tous étudiée en classe, et on se rappelle tous de ce que ces quatre lettres représentent. Tom Robb Smith a pleinement exploité le sujet. Sujet qu’il a bien dû réviser, tant les détails sont nombreux. On est vite immergé dans cette Russie pauvre et corrompue, et on se prend vite à l’intensité de la quête des personnages, si vite qu’il en est dur d’en sortir.

 T'as tout compris Donnie.

T’as tout compris Donnie.

L’une des grandes forces de ce roman, en dehors de son genre bien maîtrisé, ce sont les personnages. Leo et Raissa Demidov sont vraiment fascinants, et subissent une véritable évolution de caractère tout au long de l’histoire. Celle de Leo est sûrement la plus impressionnante, puisqu’on peut dire qu’il part de loin. L’évolution de leur couple est aussi très intéressante, puisque, en toute logique, elle suit celle des personnages. On s’attache très vite à ce duo jusqu’à en devenir un allié, et chacune de leur mésaventure devient la nôtre. L’autre grande qualité du roman est la façon dont il est construit et écrit. En effet, le roman est extrêmement bien structuré. On y sent un véritable storyboard derrière. L’écriture n’est pas compliquée, mais assez pour pouvoir se plonger totalement dans l’histoire. Tom Robb Smith, scénariste de profession, est un écrivain très doué, et a un véritable talent pour le thriller. Mais le plus important, et retenez bien ce que je vais dire, le plus important, c’est que le roman est construit comme un film. C’est comme si il avait été écrit pour être transcrit à l’écran. Et si adaptation il y a, alors le travail sur l’histoire est minimum, tant le travail initial est assez clair et précis pour être retranscrit tel quel.


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… Au film.

Alors quand on lit un roman comme Child 44, et qu’on sait qu’il va être retranscrit sur grand écran, on est en droit de se dire que c’est du tout cuit, que le film ne peut être que bien, puisqu’au moins, au niveau du scénario il n’y a pas grand chose à faire. Et puis quand on apprend que le producteur dudit film en préparation est Ridley Scott (réalisateur de Gladiator, entre autres, pour ceux qui auraient oublié), on peut s’attendre à du bon travail. Et puis quand on voit la qualité plus que sensationnelle du casting (Tom Hardy et Noomi Rapace dans les rôles principaux, avec pour les soutenir, Gary Oldman, Jason Clarke, Vincent Cassel ou encore Charles Dance, plus connu sous le nom de Tywin Lannister) on se dit que c’est gagné d’avance. Oui. Mais.

Je sais qu’il est idiot d’espérer qu’un film puisse être aussi bon qu’un roman qu’on a apprécié, mais il serait aussi idiot d’imaginer un résultat aussi navrant qu’est l’adaptation cinématographique de Child 44 par Daniel Espinosa. Je ne vais pas passer par 4 chemins pour vous dire ceci : le film en lui-même est un condensé de défauts qui sont multipliés par 10, 100, 1000 quand on a lu le livre.

Daniel Espinosa, pour ceux qui ne le connaissent pas (moi par exemple) est un réalisateur suédois, avec encore une très jeune carrière cinématographique (6 films à son compteur entre 2003 et 2015). C’est son deuxième film que l’on peut qualifier de Hollywoodien, après Safe House, en 2012. Je ne connaissais rien de ce réalisateur, donc je n’avais ni attente, ni d’à priori sur lui. La seule chose que je voulais c’était juste une belle adaptation. Pourtant, au niveau de la réalisation (commençons par ça), je n’ai pas vraiment accroché. On peut dire que Espinosa a un style. Il aime les gros plans et les caméras embarquées. Les focus sont pratiques puisqu’ils permettent de ne rester concentré que sur les personnages. Et puis, très franchement, entre nous, je n’ai absolument rien contre avoir le visage de Tom Hardy en gros devant ma face. Mais trop c’est trop, et j’aurais aimé profiter un peu des paysages tchèques, où le film a été tourné. La caméra embarquée donne un effet de « détresse» et de rush des personnages, qui est très recherché dans le film. Le procédé est très souvent utilisé par les réalisateurs et plus ou moins bien maîtrisé. En résumé, la réalisation n’est ni excellente, ni horrible. Elle n’a rien d’exceptionnelle et ne marque en rien les esprits.

Whatever

Whatever

Là où, pour moi, ça commence à ne pas aller, c’est dans le montage du film. J’ai envie de penser qu’il a été bâclé et ne pas remettre en cause le talent de la personne qui en avait la charge, parce que clairement, le rendu est mauvais. Les scènes s’enchaînent sans sens ni dynamique, et le film, qui dure 2 bonnes heures, ralentit, et ralentit, jusqu’à ce qu’on sente les minutes passer. Chose plutôt embêtante quand on a affaire à un thriller et que le rythme devrait être plus soutenu pour garder le spectateur en haleine. L’utilisation de la musique, chose très importante dans un film, est elle aussi si bancale que ça en devient risible.Je dois avouer, et ça me fait mal de le dire, que c’est l’un des pires montages de film que j’ai vu depuis bien longtemps. Sachant que c’est un film à plutôt gros budget, avec de grands noms attachés, il n’y a pas vraiment d’excuses à trouver pour expliquer ce carnage.

 Les Français veulent savoir !!

Les Français veulent savoir !!

Mais le pire dans tout ça est l’adaptation en elle-même. Étant ce genre de personne aimant comparer l’œuvre originale et son adaptation, c’est la première fois que je me retrouve sans voix tant la déception est à un niveau bien plus supérieur que tout le reste. Tout ce qui fait l’essence de l’œuvre, qui fait que c’est un très bon roman de type thriller, est omis ou gâché dans le film. Plus rien n’a de sens pour le connaisseur du roman face à l’œuvre cinématographique. L’histoire principale, celle de la disparition des enfants, est totalement changée et est refourguée en arrière plan, laissant au spectateur un arrière goût de manque à cette histoire qui en devient plate, banale. En prenant le parti de changer l’ordre d’importance des évènements de l’histoire originale, l’équipe du film a joué gros, et malheureusement, elle a perdu. De la brillante œuvre originale, il ne reste plus qu’une histoire comme on en a déjà vu d’autres sur l’espionnage et la terreur que faisait vivre l’URSS. Du gâchis, pour résumer.

 Moi durant tout le film.

Moi durant tout le film.

Alors j’aimerais vous dire qu’il y a quelque chose à sauver, comme les acteurs peut être. Au vu du casting encore, on pouvait s’attendre à de l’explosion de perfection. Les acteurs formant le casting de Child 44 n’ont plus rien à prouver pour être déjà classés dans les meilleurs de leur génération. Face à une telle réputation, on met obligatoirement la barre très haute ! La chute n’en est que plus douloureuse. Parce que dans le film de Espinosa, même les acteurs sont plats. Tom Hardy et Noomi Rapace, formant le couple Demidov à l’écran, donnent l’impression de ne pas avoir compris l’essence de leurs personnages. Quand, dans le roman, on a affaire à deux vraies personnalités et psychologies complexes et profondes, le duo d’acteurs pourtant si talentueux nous offrent une caricature de deux êtres que tout oppose. L’évolution si importante du couple n’est absolument pas représentée, et le personnage de Leo Demidov a tous les défauts du haut fonctionnaire sans les qualités de l’être humain qui le caractérisaient si bien dans l’œuvre papier. Quand aux seconds rôles, on pourra seulement relever Gary Oldman, bon ici comme il l’est partout ailleurs, puisque les rôles nerveux lui vont si bien. La performance des acteurs aurait sûrement été meilleure si ils n’avaient pas mis toute leur énergie à tenter de recréer cet accent mi-Russe, mi-Italien sonnant si faux qu’on remercie l’obscurité des salles de cinéma nous évitant de croiser le regard gêné de notre voisin de siège.

 I feel you Ryan.

I feel you Ryan.

En résumé, Child 44 avait tout du film qui aurait pu être grand, à l’image du roman dont il tire l’adaptation, mais qui se trouve n’être qu’un mauvais rêve qu’on préférera oublier dans la carrière des acteurs grandioses qui ont travaillés dessus. Le film nous donne seulement une raison de plus de croire que Ridley Scott n’est plus le grand nom du cinéma qu’il était avant. Une bien belle chute pour une si belle promesse.

 Ma réaction exacte à la sortie de la séance.

Ma réaction exacte à la sortie de la séance.

Et vous, vous l’avez vu ? Qu’est ce que vous en avez pensé ?

~ Lady Brett

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Lady Brett
Écrit par Lady Brett

Mais qui est cette folle de Lady Brett ? Vous devez sûrement vous poser cette question. Et bien je vais y répondre. Ayant eu la chance de grandir dans une maison pleine de livres et de films en tous genres (quand elle n’était pas en train de voguer sur les mers de son enfance) c’est assez naturellement qu’elle a développé une soif de découverte et de partage. De nature un peu trop passionnée, elle rêve sa vie en voyages, au sens littéral comme figuré. Quand elle n’a pas la chance de voyager quelque part, elle le fait dans sa tête rêveuse, grâce à la musique qu’elle écoute tout au long de la journée, ou bien aux nombreux films et séries qu’elle regarde tel un besoin vital, ou encore de ces livres qu’elle dévore par période. Elle aime découvrir, elle aime en parler, d’où l’idée de se lier à ses amies méduses pour ouvrir ce beau blog.

4 Commentaires
  1. Léa Touch Book

    Malgré cet avis en demi-teinte, il faut que je vois le film 🙂 !

    • jellyfishthinks

      Et c’est vrai que c’est toujours bien de se faire son propre avis ^^

  2. Tsuki-Khaleesi (@virtualtsuki)

    Ce film c’est mon « What the fucking hell ?! » de l’année! Je suis de ton avis!
    Mais ont-ils vraiment lu le livre ? Et pourquoi faire autant de changement dans l’histoire alors que le livre est juste parfait! Vraiment c’était si compliqué que ça de mettre en image le début et la fin exacte du livre! Je crois pas!

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