Le boro : entre Histoire et textile

Histoire, Mode

Aujourd’hui (et ça me change un peu de mes derniers articles) je vous parle et d’Histoire et de vêtements et du Japon (ça va, je reste dans des domaines que je maîtrise pas trop mal quand même…). Avec le boro (ぼろ en 日本語 dans le texte) (je vais arrêter de faire toutes ces parenthèses).

Tout d’abord, boro, qu’est-ce que ça veut dire ?

Pièce de l'exposition The Fabric of Life

Pièce de l’exposition The Fabric of Life

Littéralement, boro signifie “guenille”, “haillons”. Ce terme se réfère aux textiles fait de lambeaux de vêtements, rideaux ou encore de linges de maison, essentiellement en coton ou chanvre et teint en indigo. C’est une technique ancienne, datant au moins des années 1600. Ces étoffes reconstituées servaient alors à refaire des vêtements, notamment de travail, des couvertures,… Ainsi, un tissu pouvait resservir durant des décennies – un peu comme en Europe où il n’était pas rare qu’une chemise robuste soit portée par le père et ensuite le fils, par exemple. Les parties trop abîmées n’étaient pas réutilisées, mais tout ce qui pouvait être gardé l’était, formant au final de résistants patchworks. Vous l’aurez compris, le boro est un procédé essentiellement utilisée dans des régions rurales, par des fermiers pauvres.

Gros plan d'un sashiko. Kimonoboy

Gros plan d’un sashiko. Kimonoboy

Le point de couture utilisé pour ces patchworks était le sashiko (刺し子),intéressant car il permet de renforcer un tissu tout en créant des motifs très raffinés. D’ailleurs, le sashiko est toujours utilisé aujourd’hui en broderie dans un but principalement esthétique. Je vous invite à suivre ce lien si vous souhaitez en savoir plus sur le sashiko, c’est vraiment très intéressant.

Je n’ai pas trouvé de source exacte expliquant la dominance du bleu indigo dans les boro, mais une croyance populaire japonaise dirait que la teinture indigo possède des propriétés qui repoussent insectes et serpents. Ce qui semble exact pour les insectes, mais je n’ai malheureusement pas trouvé de sources claires qui expliqueraient ce lien. Chers lecteurs-méduses, si vous en savez plus, n’hésitez pas à vous manifester dans les commentaires ! Ceci dit, que ce soit avéré ou une simple croyance populaire, il est aisé de comprendre pourquoi cette couleur était prisée des paysans.

Comment réaliser un point sashiko. Sashiko-ya

Comment réaliser un point sashiko. Sashiko-ya

J’ajouterais aussi que le bleu indigo est une couleur qui s’obtient facilement avec des plantes (grâce à l’indigotier et au pastel notamment) et qu’en Asie – entre autres – on sait s’en servir comme teinture depuis des millénaires.

Boro, clique pour agrandir - Kimonoboy

Boro, clique pour agrandir – Kimonoboy

Aujourd’hui, le boro n’est plus vraiment utilisé au Japon. Cependant, le rendu offert par cette façon de travailler le textile plaît souvent dans nos sociétés modernes. Probablement grâce à la popularité du denim, mais aussi une volonté de plus en plus marquée de moins consommer, de moins gaspiller. En faisant une recherche avec le terme boro  sur Tumblr ou Pinterest, vous découvrirez tout un tas d’artistes qui réinventent cet art et on peut en rapprocher la collection prêt-à-porter 2006 de Ralph Lauren (monsieur Ralph Lauren aime les patchworks). Ce qui était au Japon une honte et une nécessité, devient de nos jours, sous nos latitudes, une envie de revenir à l’essentiel et d’être plus respectueux de l’environnement. Les expositions sur le boro se sont d’ailleurs multipliées ces dernières années, notamment aux USA mais aussi lors du Voyage à Nantes.

Un boro rouge - ReFash mag

Un boro rouge – ReFash mag

Je ne peux que vous conseiller, si le sujet vous plaît, de l’approfondir avec le site Kimonoboy, qui possède un article excellent (et en français) sur l’histoire du textile au Japon ! Ou encore l’article consacré au boro sur Maison d’Exceptions, ou encore celui de Valérie Barkowski, plein de belles images. (Et de cliquer sur tous les liens contenus dans cet article, vous en prendrez plein les yeux.)

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H. Gray
Écrit par H. Gray

Bonjour à vous, mollusques de tous horizons. Ici je me nomme H. Gray et si je devais vénérer un dieu, ça serait Dionysos – et pas ce romain de Bacchus, faut pas déconner. Je vous parlerai séries télés, mode, littérature, dessins animés, parfois jeux vidéos ou choses insolites. Dans la vie, j’ai un diplôme de styliste/modéliste (oui, comme A.J) et je prends très au sérieux tout ce qui ne l’est pas. Ce blog est pour moi l’occasion de recommencer à écrire. Je voulais faire écrivain, en cinquième, puis journaliste. C’est une façon de renouer avec l’enfant à l’intérieur de moi. (Comment ça, je n’ai jamais cessé d’être en contact avec l’enfant à l’intérieur de moi ?)

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