[Dossier] Heroes, Acte 1 : Le Messie

H. Gray

Heroes fut ma première vraie série. Entendons nous bien, j’ai toujours aimé les séries. On pourrait même dire que j’ai grandi devant la télé. Mon début d’adolescence fut marqué par la Trilogie du samedi, et mes premiers émois de sériephile. Mais Heroes fut la première série que j‘ai découvert via Internet, regardé en streaming pratiquement à la suite de sa diffusion US, et débrieffé longuement sur des forums. Moi et les cours d’anglais n’avons jamais été très amis, mais grâce à Heroes j’ai commencé à comprendre cette langue. Et c’est aussi à la suite de la saison 1, engloutie sur Dailymotion, que je commençais à m’intéresser aux comics. Dire que cette série a été importante pour moi est donc un euphémisme. Annulée en 2010, après des audiences désastreuses (mais méritées), elle est tout de même restée dans le coeurs des fans et des sériephiles, un petit bijou. Alors quand l’an dernier j’eus vent de son retour, je ne pus contenir ma joie, mais ressentis tout de même une appréhension. Allions nous assister à la renaissance du phoenix ? Ou au coup de grâce qui achèverait définitivement ce qui fut une vraie révolution sur le petit écran ?

Mais avant de continuer, retournons en 2006 pour comprendre ce qui a fait de Heroes ce succès populaire et critique.

Note : ce dossier est assez long, et je ne voulais pas vous donner une indigestion. Il sera donc en trois parties. Aujourd’hui, découvrez cette série culte, et pourquoi elle l’est.

HEROES -- Pictured: "Heroes" Logo -- NBC Photo

Le messie.

Heroes est une série de science-fiction/super-héros, créée par Tim Kring et diffusée sur NBC entre le 25 septembre 2006 et le 8 février 2010. En parallèle sort une bande dessinée, qui n’est pas indispensable pour comprendre l’émission, mais nous dévoile des informations intéressantes sur les personnages et les intrigues.

L’histoire se passe de nos jours, alors qu’à plusieurs endroits de la planète des individus sans liens les uns avec les autres commencent à développer des super-pouvoirs. Certains ont une super-force, d’autres volent, guérissent très rapidement, voyagent dans le temps ou encore peuvent devenir invisibles. Oui, ça rappelle un peu X-men.

Nous suivons de nombreux personnages, parfois très éloignés géographiquement, dont les chemins finiront par converger pour éviter la destruction de New-York, par une explosion nucléaire.

A gauche : Isaac Mendez (Santiago Cabrera), personnage qui peint les évènements à venir. A droite une de ses peintures (elles sont parfois sibyllines), réalisée IRL par Tim Sale. Clic pour agrandir ©NBC

A gauche : Isaac Mendez (Santiago Cabrera), personnage qui peint les évènements à venir. A droite une de ses peintures (elles sont parfois sibyllines), réalisée IRL par Tim Sale. Clic pour agrandir ©NBC

Oui, on connaît la fin de la s01 pratiquement dès le début, le tout devient pour les héros de savoir le comment et le pourquoi de cette destruction de New-York, peut-on l’éviter, quels vont être les choix qui mèneront à la catastrophe ? L’humain est alors mis en avant. De part leur évolution, les personnages pourront-ils changer la donne ? Ne risquent-ils pas en agissant de provoquer le drame ? Le spectateur est tenu en haleine, car on sait ce qui doit se passer et nous vivons le contre-la-montre aux côtés des personnages. Sauver la cheerleader présente sur les peintures d’un auteur de comics qui voit l’avenir (Isaac Mendez), pour empêcher la destruction de NY par une explosion nucléaire et ainsi sauver le monde, telle va être la mission.

Et c’est impressionnant de maîtrise. Les éléments s’imbriquent parfaitement, comme un puzzle géant. La saison 1 le réussit à merveille et on sent cette volonté en saison 2. (Qui restera à jamais inachevé, mais nous y reviendrons la semaine prochaine.)

Là aussi, c’est du déjà-vu.

Cependant la force de Heroes se trouve tout d’abord dans cette trame qui semble très usée, mais est ici réinventée.

Le début contient de plus assez peu d’incohérences, si l’on enlève le caractère aléatoire des mutations, qui là encore rappelle X-men. Mais cela rentre dans le parti pris comics de la série.

Ensuite, dans ses personnages. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils sont nombreux. Mais le spectateur n’est pas perdu. Certains ont des liens de parenté et même ceux qui semblent isolés de prime abord, ne le sont peut-être pas tant que ça.

Hiro Nakamura, le roi des geeks. Fun fact : le père de Hiro est joué par George Takei, Sulu de Star Trek. Zachary Quinto, un autre acteur de Heroes, est le Spock du reboot de Star Trek par J.J. Abrams. Star Trek est partout. ©NBC

Hiro Nakamura, le roi des geeks.
Fun fact : le père de Hiro est joué par George Takei, Sulu de Star Trek. Zachary Quinto, un autre acteur de Heroes, est le Spock du reboot de Star Trek par J.J. Abrams. Star Trek est partout. ©NBC

Je pense que chaque spectateur peut avoir son personnage favori  auquel il s’identifie, tant les profils sont variés. Toutes les catégories socio-économiques des USA sont représentées, ainsi que les groupes ethniques ; un des protagonistes les plus marquants, Hiro, est japonais ; Mohinder Suresh nous fait commencer notre périple en Inde. Bien évidement, cette diversité nous montre que les mutations qui se produisent sont universelles. Peu importe d’où viennent nos “heroes”, les pouvoirs qui se développent touchent l’ensemble du genre humain. Et tous ceux qui ne sont pas étasuniens parlent leur langue maternelle. Quand Hiro est au Japon, il parle japonais, et non un anglais avec un accent, comme on peut le voir dans certaines séries. Ce réalisme est appréciable. (Du coup, bien sûr, il y a parfois des incompréhension dû à la langue. Mais c’est la vie ma pauvre Lucette.)

Si j’étais du genre à chipoter, je vous dirais que ça manque peut-être de natifs américains ou de personnages queers, mais je serais un peu de mauvaise foi. On a rarement vu de série avec autant de diversité, et de la diversité bien faite. Car les héros sont réalistes.

Imaginez vous vous réveilliez un jour avec une nouvelle habilité, potentiellement dangereuse pour vos proches, quelle serait votre réaction ? Eh bien, sûrement qu’en fonction de la nature de votre don, votre environnement familial ou professionnel, votre attitude sera différente. Heroes dépeint les caractères et sentiments de ses personnages avec beaucoup de justesse et de subtilité. Leurs évolutions au cours de l’avancée de l’intrigue sont cohérentes et intéressantes. Sylar et Nathan en tête dans mon coeur. 

 Probablement que non. ©NBC

Probablement que non. ©NBC

L’univers dans lequel ils évoluent est travaillé avec soin, développé avec des éléments qui rappellent la bande dessinée (titres intégrés aux décors, découpage, mise en abîme avec le dessinateur de comics Isaac Mendez,…) et aux effets spéciaux très soignés. Surtout pour l’époque et pour de la télévision (Game of Thrones n’était pas encore passé par là). On peut d’ailleurs dire que la première saison de Heroes préfigure ce que sont les séries aujourd’hui, les effets spéciaux ont peu vieilli et les créateurs ont une vision assez fine du déferlement de la culture geek qui aura lieu un ou deux ans plus tard, dans la pop culture.

Des phrases cultes (“Save the cheerleader, save the world.”, “This is usually the part when people start screaming.”,“Vote Petrelli”), un rythme haletant et le méchant le mieux écrit de cette décennie (Sylar, joué par l’excellent Zachary Quinto) finiront de rendre la première saison culte. Le pilote réunira 14 millions de téléspectateurs aux États-Unis, avec une pointe à 16 millions à mi-saison.

Le cast nous parle de l’engouement autour de la phrase « Save the cheerleader, save the world. »

La saison 2 – très attendue – va pâtir de la grève des scénaristes. En effet, elle sera réduite à 11 épisodes (moitié moins qu’une saison US standard), et les créateurs seront obligés de complètement en changer la fin. Ce sera pour Heroes, le début d’une longue chute qui mènera trois ans plus tard à l’annulation. Mais nous reparlerons de tout cela la semaine prochaine dans la suite de ce dossier, Heroes, Acte 2 !

 Nos héros savent que l'avenir sera sombre ©NBC

Nos héros savent que l’avenir sera sombre ©NBC

– H. Gray

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H. Gray
Écrit par H. Gray

Bonjour à vous, mollusques de tous horizons. Ici je me nomme H. Gray et si je devais vénérer un dieu, ça serait Dionysos – et pas ce romain de Bacchus, faut pas déconner. Je vous parlerai séries télés, mode, littérature, dessins animés, parfois jeux vidéos ou choses insolites. Dans la vie, j’ai un diplôme de styliste/modéliste (oui, comme A.J) et je prends très au sérieux tout ce qui ne l’est pas. Ce blog est pour moi l’occasion de recommencer à écrire. Je voulais faire écrivain, en cinquième, puis journaliste. C’est une façon de renouer avec l’enfant à l’intérieur de moi. (Comment ça, je n’ai jamais cessé d’être en contact avec l’enfant à l’intérieur de moi ?)

4 Commentaires
  1. [Dossier] Heroes, Acte 3 | Jellyfishthinks

    […] deux dernières semaines, je vous ai parlé de la série Heroes. Dans une première partie, pourquoi c’était bien, et dans un second temps, pourquoi c’est devenu moins bien. (Cliquez […]

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