The Imitation Game, la critique

Cinéma, Histoire
H. Gray

J’ai connu Alan Turing il y a quelques années, grâce à L’Encyclopédie du savoir relatif et absolu de Bernard Werber. Une entrée lui était consacrée, et j’avais trouvé son histoire assez fascinante.

Né à Paddington (Royaume-Uni) le 23 juin 1912, il était cryptologue, mathématicien et informaticien. Il n’est pas erroné de dire que sans lui, les ordinateurs tels que nous les connaissons n’existeraient pas, ses apports à l’informatique et à l’intelligence artificielle furent considérables. Turing est décédé en 1954, par un empoisonnent au cyanure. Suicide ou accident, la lumière n’a jamais été faite, bien qu’il ait été 2 ans auparavant condamner pour homosexualité, et avait choisi la castration chimique plutôt que la prison. Castration chimique à base d’oestrogènes, qu’il ne supportait pas… La reine Elizabeth II l’a (finalement) gracié en 2013. 

 Benedict Cumberbatch devant la machine qui lui servira à décoder Enigma

Benedict Cumberbatch devant la machine qui lui servira à décoder Enigma

Ces derniers temps, Alan Turing est sur le devant de la scène avec le biopic The Imitation Game, qui narre de quelle façon il a, durant la Seconde Guerre mondiale et avec son équipe, décrypté les codes de la machine Enigma, mise au point par les Nazis. Codes sur lesquels tous avant lui s’étaient cassés les dents. Selon les spécialistes, ce travail à permit de réduire de deux ans la résistance du régime nazi.

J’attendais ce film assez impatiemment, car j’aime beaucoup Turing et ses travaux, et qu’il est un personnage trop méconnu, malgré ce qu’il a pu apporter au monde. Cela s’explique tout d’abord par son travail sur Enigma classé secret défense par le gouvernement britannique durant 50 ans, et aussi, malheureusement, à cause de l’opprobre jetée par sa condamnation.

J’avais donc hâte de voir ce que cela donnait, surtout que le rôle titre est tenu par l’excellent Benedict Cumberbatch !

 Turing et sa fine équipe

Turing et sa fine équipe

Tout d’abord, en tant que film seul, en oubliant qu’il s’agit d’un biopic, je l’ai terriblement apprécié.

Le point principal est la performance des acteurs. Nous retrouvons au casting Benedict Cumberbatch (Alan Turing), Keira Knightley (Joan Clarke), Matthew Goode (Hugh Alexander), Allen Leech (John Cairncross), Matthew Beard (Peter Hilton), Mark Strong (Maj. Gen. Stewart Menzies). Des noms assez connus donc, dont on entend régulièrement parler pour leurs performances. Le revers de la médaille est que A.J., qui a vu le film avec moi, a eu du mal à entrer dedans, à cause de Benedict Cumberbatch, car le spectateur commence à bien le connaître et à bien connaître son jeu. Le risque est de voir Turing s’effacer derrière Cumberbatch alors que cela devrait être l’inverse. Cependant, une fois les scènes d’expositions passées, cette impression s’estompe.

Mention spéciale à Alex Lawther, qui joue Turing adolescent. Il y est sublime. Gardez son nom en tête, s’il continue sa carrière d’acteur, elle risque d’être vraiment très intéressante !

 Il n'est pas aisé de travailler avec un génie

Il n’est pas aisé de travailler avec un génie

Pour la réalisation, c’est le norvégien Morten Tyldum qui s’en est chargé. J’avoue ne pas le connaître, cependant je n’ai pas l’impression qu’il soit très célèbre sous nos latitudes. Dans tous les cas, il accomplit ici un excellent travail. On sent qu’il sait où il va et que tout est parfaitement maîtrisé. Sa nomination aux Oscars pour le titre de meilleur réalisateur est entièrement méritée. Et je dois vous avouer qu’il est mon petit chouchou. Ainsi que Graham Moore pour le scénario, qui n’est pas en reste. En fait, je vois bien The Imitation Game tout rafler. Même s’il y a de sacrés poids lourds en face… (Mais on vous parlera des Oscars ultérieurement.)

 Alex Lawther dans The Imitation Game

Alex Lawther dans The Imitation Game

Dans la réalisation de ce film, ce qui m’a le plus marqué, reste la musique. Elle a été composé par le grand Alexandre Desplat. Elle est magnifique. C’est plus difficile d’expliquer, quand on a beaucoup aimé quelque chose, pourquoi on l’a aimé. J’avoue manquer de mots pour exprimer ce que les compostions de The Imitation Game m’ont fait ressentir. Elles se marient parfaitement, et comme rarement, au film. (Donc si Alexandre Desplat pouvait lui aussi avoir son Oscar hein…)

Après, c’est un biopic, est-ce que The Imitation Game colle à la réalité historique et à l’histoire personnelle de Turing ? Pas vraiment. D’excellents articles ont fleuri sur la toile pour signaler tout ce qui n’allait pas. La page Wikipédia (en anglais) du film est d’ailleurs à ce sujet extrêmement bien faite. Je vous invite à y jeter un oeil si cette période de l’Histoire vous intéresse. Je ne m’attarderai pas dessus. Parce que je n’ai pas les connaissances nécessaires, cela m’ennuierait de vous induire en erreur.

A gauche, Benedict Cumberbatch, à droite, Alan Turing. Je vous l'accorde, la ressemblance n'est pas frappante...

A gauche, Benedict Cumberbatch, à droite, Alan Turing. Je vous l’accorde, la ressemblance n’est pas frappante…

La personnalité de Turing est elle aussi apparemment moyennement respectée. Il obtient des caractéristiques du spectre autistique dans le film, qu’il n’avait pas en réalité. Il était sociable, avait des amis et était doté d’un bon sens de l’humour. Aspects complètement différents dans The Imitation Game. Ça ne m’a pas trop gêné, déjà parce que ce genre de personnages est dans l’air du temps (par moment Turing m’a fait penser à Sheldon Cooper…). Si le personnage fonctionnait mieux écrit de cette façon, et le film fonctionne très bien, je fais confiance à l’équipe créative. Si certains ne connaissaient pas Alan Turing avant et qu’ils veulent creuser sa vie, de très bonnes lectures existent et corrigeront cela. Ce n’est pas très grave. 

 Car on peut être un génie ET sportif

Car on peut être un génie ET sportif

Mais il y avait pour moi un point qu’ils devaient traiter. Et j’ai croisé les doigts très fort pour que le scénariste et réalisateur le fassent “bien” et surtout que ça ne passe pas à la trappe. L’homosexualité d’Alan Turing et sa condamnation. Injuste, même si légale, surtout au vue de sa contribution à l’humanité. Nous avons beau être en 2015, ce n’est toujours pas un sujet évident à aborder. Mes attentes n’ont pas été déçues. Tant mieux. Alan Turing a beau être décédé depuis longtemps, restaurer sa mémoire (complètement ignorée pour les raisons citées plus haut) et lui rendre hommage est tout de même important. L’histoire du film ne tourne pas autour de ça, mais ils ne pouvaient l’ignorer et tout cela est fait avec beaucoup de finesse. Cela ajoute à la qualité et l’intelligence de ce film.

Sa relation avec Joan Clarke (Keira Knightley) est bouleversante, les deux acteurs ont une réelle alchimie

Sa relation avec Joan Clarke (Keira Knightley) est bouleversante, les deux acteurs ont une réelle alchimie

L’histoire d’Alan Turing est passionnante. Il fait partie de ces génies méconnus et c’est très dommage. Son histoire peut nous faire avancer et la connaître nous aide à comprendre le monde dans lequel nous vivons. Je vous recommande grandement d’aller voir The Imitation Game, il vous fera découvrir la Second Guerre mondiale sous un tout nouvel angle. C’est un bel hommage à Alan Turing et aux gens qui ont travaillé avec lui. Ses nominations aux Oscars ne sont pas usurpées et de mon côté je meurs d’impatience d’en connaître les résultats.

Mention spéciale à la très jolie affiche française, dont la phrase d'accroche a rarement été aussi vraie

Mention spéciale à la très jolie affiche française, dont la phrase d’accroche a rarement été aussi vraie

– H. Gray

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H. Gray
Écrit par H. Gray

Bonjour à vous, mollusques de tous horizons. Ici je me nomme H. Gray et si je devais vénérer un dieu, ça serait Dionysos – et pas ce romain de Bacchus, faut pas déconner. Je vous parlerai séries télés, mode, littérature, dessins animés, parfois jeux vidéos ou choses insolites. Dans la vie, j’ai un diplôme de styliste/modéliste (oui, comme A.J) et je prends très au sérieux tout ce qui ne l’est pas. Ce blog est pour moi l’occasion de recommencer à écrire. Je voulais faire écrivain, en cinquième, puis journaliste. C’est une façon de renouer avec l’enfant à l’intérieur de moi. (Comment ça, je n’ai jamais cessé d’être en contact avec l’enfant à l’intérieur de moi ?)

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