Eva est fini, mais 2015 ne fait que commencer…

H. Gray

Ohayo gozaimasu chers lecteurs ! Pour cet article, j’ai décidé de vous emmener au pays du Soleil Levant. Et plus précisément à Tokyo-3. Vous avez bien lu, Tokyo-3. Il s’agit de la ville où se situe l’action de la série animé de la Gainax, Neon Genesis Evangelion. Comme pour La Légende de Korra, je compte donc vous la faire (re)découvrir, et j’espère (si vous ne connaissez pas encore) vous donner envie de vous jeter sur ce monument de l’animation japonaise ! Je limite donc les spoils (après relecture il ne me semble pas y en avoir, donc enjoy). 

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Neon Genesis Evangelion (qu’on surnommera Eva à partir de maintenant, c’est moins long) est une série créée en 1995, par le studio Gainax donc, et réalisée par le grand Hideaki Anno. En décembre 1994 avait déjà commencée la parution d’un manga, par le character design de la série Yoshiyuki Sadamoto, présentant sa vision de l’univers et des personnages. En cela, le manga présente des différences avec la série, que certains apprécient, tandis que d’autres font comme si elles n’existaient pas. Le monde merveilleux des fandoms… L’univers s’est depuis décliné en de nombreux films (dont une tétralogie pas encore achevée), et des spin-offs en manga. On touche donc à un monde riche et multi-supports. Et pourquoi pas, les transmédias ont pour moi beaucoup d’avenir et c’est quand même super cool de retrouver des personnages et des codes aimés en livre ou en film, etc, etc.

Si je vous en parle aujourd’hui, c’est pour deux raisons (en plus du fait que c’est trop bien, évidement, mais on développera ça plus bas). La première, le manga vient de terminer sa parution française, après 16 ans de publication. Et c’est suffisamment long pour le souligner. La seconde, nous venons de passer en 2015, et que c’est une date importante dans Eva. C’est même l’année où l’histoire commence. Mais au fait, de quoi ça parle, Eva ?

En l’an 2000 eut lieu une gigantesque explosion au Pôle Sud, provoquant un cataclysme planétaire faisant 2 milliard de morts. On lui donna le nom de Second Impact. Les autorités déclarèrent que cette explosion était dû à la chute d’un astéroïde.
En 2015, l’humanité s’est remise du Second Impact. Cependant, à Tokyo-3, ville fortifiée et armée, de mystérieuse créatures appelées Anges font leur apparition. Ils s’attaquent à la capitale japonaise et tentent de la détruire. Leur force est apocalyptique et pour espérer les vaincre une seule arme semble efficace : les Evangelions. Les Evangelions sont de gigantesques robots pilotés exclusivement par des adolescents, les adultes étant incapables de les faire bouger.
Shinji Ikari, 14 ans, se rend à Tokyo-3 sur invitation de son père, qui l’a abandonné il y a 10 ans. Sur place il assiste à l’attaque d’un Ange et apprend que son père l’a appelé pour faire de lui un des nouveaux pilotes des Evangelions, en première ligne de ce combat que l’humanité est loin d’avoir gagnée.

 Shinji aux commande de son Eva

Shinji aux commande de son Eva

Ce qu’il faut savoir c’est que la série a eu un impact énorme sur le paysage du dessin animé japonais. Dans l’animation ou les thèmes abordés il faudra attendre au moins dix ans pour retrouver des œuvres de cette qualité. Elle a fait trembler le monde otaku sur ses fondations et a durement influencé les séries qui ont suivi.

Et la cause de tout ça pourrait presque se résumer aux propos tenus dans Eva.

Nous avons là une série de SF post-apocalyptique avec des robots géants, qui traite de sujet comme la difficile construction de l’identité à l’adolescence, l’instabilité émotionnelle, le rapport aux autres. Mais qui nous montre aussi comment les générations reportent leurs erreurs et névroses sur les plus jeunes, faisant d’eux ceux qui doivent réparer, et comment casser ce cercle. Ou encore la guerre et ses traumatismes et conséquences, ou ce vide, ce manque ressenti chez tout un chacun et qui fait qu’il est dur d’accéder à l’épanouissement. (Parenthèse philo : on peut d’ailleurs rapprocher cela de l’histoire des âmes sœurs du banquet de Platon : les Hommes possédaient à l’origine deux têtes, quatre bras et jambes. Mais Zeus ayant peur de leur puissance décida des les séparer. Depuis chacun se sentirait incomplet et chercherait son âme sœur pour redevenir entier.)

 Deux Evangelions en action

Deux Evangelions en action

Et cet aspect peut aussi être analysé du point de vue religieux. C’est là l’autre facette d’Eva. En effet, cette œuvre s’inspire énormément de l’Ancien Testament, mais aussi de la Kabbale. Avec tout d’abord les Anges, puis les Evangelions (Eve), ou encore des réflexions sur l’âme. Et comme on ne devrait pas s’arrêter en si bon chemin, tous ces éléments religieux sont intrinsèquement liés à la science et ses limites (techniques et éthiques). Croyez-moi, avec Neon Genesis Evangelion, la réflexion est poussée très loin. Ce qui change du bateau « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme »…

Là vous allez me dire « c’est bien joli tout ça, mais c’est dense et complexe hein. Un animé de 26 épisodes ou un manga de 14 tomes, c’est suffisant ? Ça bâcle pas un peu ? C’est pas ronflant et obscure ? »

A ces trois questions je répondrais un « non » franc. Mais je vais aussi développer.

 Shinji et son père, image tirée du manga

Shinji et son père, image tirée du manga

« Un animé de 26 épisodes ou un manga de 14 tomes, c’est suffisant ? Ça bâcle pas un peu ? »

Déjà, 26 épisodes est un format plutôt standard de série animée japonaise. On peut en déduire que les créateurs de séries savent gérer et composer leurs récits avec ce format. Rapport au manga, 14 tomes c’est assez long finalement, ça laisse de la place pour le contenu. Tous les manga ne sont pas obligés de finir comme Naruto et ses chapitres qui n’avancent plus… Pour ce qui est du contenu, il est vrai, dense, je dois dire que les auteurs sont assez justes et ne bâclent jamais leurs propos. Cette série/manga est un outil philosophique à part entière. Les combats de robots géants en plus.

« C’est pas ronflant et obscure ? »

Ce qu’il y a de bien, c’est que vous n’êtes pas obligé d’avoir la moindre connaissance en psychanalyse ou religion ou philo ou robots géants pour bien commencer Evangelion. La série sert très bien de porte d’entrée. Donc, non. Comme le dit un célèbre fast food, venez comme vous êtes. Le récit commence doucement, et tout est très clair et montera crescendo. Si vous ne prenez pas le train en marche (mais en même temps, commencez une série par l’épisode 20, c’est bizarre…), vous n’aurez aucun soucis pour suivre !

 Les 3 pilotes principaux, Asuka, Shinji et Rei

Les 3 pilotes principaux, Asuka, Shinji et Rei

J’ajouterais que Neon Genesis Evangelion se décline en de nombreux films. Je les aime moins. Mais ils restent des déclinaisons fortes de l’univers, et mettent parfois en lumière des aspects de la série restés dans l’ombre. Et si la série et le manga sont parfois violents (notamment psychologiquement), les films sont bien souvent un cran au-dessus. A ne pas mettre entre toutes les mains donc.

Quant à la réalisation de la série ou des films, elle a toujours été de très haute qualité. Pour dire, la série de 95 rougie tout juste face aux productions actuelles. C’est la même chose pour la musique. Ce qu’on peut retenir de l’animation générale de cet univers : un soin et une exigence très élevés y ont été apportés.

Les blue-ray devraient sortir cet été pour les vingt ans de Eva, nul doute que les fans seront ravis d’avoir enfin une image de cette qualité.

 Il y a même un pingouin mignon

Il y a même un pingouin mignon

Neon Genesis Evangelion est un must-watch/read de la pop culture japonaise. Pour comprendre les séries sorties depuis, comprendre certains côtés de la société nippone, ce qui a pu la façonner depuis la fin de la WWII, le rapport à la culpabilité et l’implication ou non des jeunes générations, jusqu’au phénomène de l’hikikomori.

Vous l’aurez compris, nous avons là une œuvre complexe et parfois violente. La réflexion psychologique et philosophique est parfois poussée à l’overdose, au vertige, au non-sens. Moi j’adore. Il faut sans doute y être préparer mais si un seul des thèmes cités plus haut éveil votre intérêt (même si c’est les robots géants), n’hésitez pas, le voyage vaut le coup !

 

– H. Gray

 

Je tiens aussi à vous informer que si vous voulez commencer en douceur, quelques années avant les créateurs d’Eva avaient réalisé une autre série, Nadia et le secret de l’Eau Bleue. Les prémices d’Evangelion s’y sentent et les parallèles sont nombreux. Avec ici en prime une ambiance toute Jules-Vernienne ! Un bon moyen de découvrir le travail du studio Gainax.

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H. Gray
Écrit par H. Gray

Bonjour à vous, mollusques de tous horizons. Ici je me nomme H. Gray et si je devais vénérer un dieu, ça serait Dionysos – et pas ce romain de Bacchus, faut pas déconner. Je vous parlerai séries télés, mode, littérature, dessins animés, parfois jeux vidéos ou choses insolites. Dans la vie, j’ai un diplôme de styliste/modéliste (oui, comme A.J) et je prends très au sérieux tout ce qui ne l’est pas. Ce blog est pour moi l’occasion de recommencer à écrire. Je voulais faire écrivain, en cinquième, puis journaliste. C’est une façon de renouer avec l’enfant à l’intérieur de moi. (Comment ça, je n’ai jamais cessé d’être en contact avec l’enfant à l’intérieur de moi ?)

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