Le Livre des ombres, Serge Lehman

Littérature, Roman

Non, nous n’allons pas parler de Charmed, désolé.
Il va être question aujourd’hui de science-fiction. Si vous n’êtes pas adepte du genre, ne partez pas tout de suite ! Je vais vous expliquer pourquoi le sujet de mon article vaut le coup.
Alors, Le Livre des ombres, qu’est-ce ?

“Nous voulons savoir ce qui s’est passé dans le monde d’avant le monde. Qui nous étions là-bas et pourquoi nous sommes devenus ce que nous sommes… ici.” Dans le canyon du Pli du Songe, une armée de poètes et de chamans perpétue la mémoire d’un premier cosmos, archaïque et violent, où toute vie était une guerre contre le non-être appelé Avatar. L’espace et le temps ont disparu quand ce monde a volé en éclats ; il n’en reste que les histoires. C’est pourquoi les chamans m’ont enseigné l’art sorcier de l’écriture et demandé de noter ce qu’ils voient pendant la transe : pour célébrer, en l’honneur des dieux d’autrefois, la victoire sur l’inexistence. Telle est l’origine du Livre des ombres. »Orson Malaverne

Il s’agit d’un pavé de presque 700 pages, de Serge Lehman, aux éditions L’Atalante. Sorti en 2005 ce livre est en fait une anthologie de nouvelles de l’auteur, écrites entre 1992 et 2000. Le liant de ces nouvelles, ce qui rend l’ensemble cohérent sans en faire une liste d’histoire, est le méta-récit les encadrant. Orson Malaverne, scribe nous guidant dans le Pli et au travers de l’histoire de ce premier cosmos, apporte des éléments clefs qui permettent aux récits de s’enchaîner et à la grande Histoire de prendre forme. Oui, on nous conte l’histoire d’un cosmos, des premières civilisations à son gèle en passant par les vies d’individus ordinaires se débattant pour survivre. Ce cosmos c’est le notre. Imaginé dans son passé lointain, anticipé dans son futur, et terriblement tangible dans les nouvelles qui se passent de nos jours.

Couverture du Livre des ombres chez l'Atalante, par l'illustrateur Gess

Couverture du Livre des ombres chez l’Atalante, par l’illustrateur Gess

27 nouvelles en tout, sans compter le prologue, l’épilogue, les méta-récits. Il fallait bien 699 pages !

Au travers de cette Histoire se croisent les destins, l’humanité naît, prend son envol et sa place parmi les Anciens de l’Univers, lutte contre l’Avatar. Et avec les yeux d’Orson nous entrevoyons la vie dans le Pli, à Grandor, dans ce monde après le monde.

C’est dense. Beau. Épique. Nous sommes invité à admirer cette fresque prodigieuse, qui transcende chaque existence, qui fait vibrer en nous cette petite parcelle qui sait que nous sommes à la fois des géants et tout petit face à la marche de l’Univers.

Le style et la maîtrise de Serge Lehman y sont pour beaucoup dans mon ressenti vis-à-vis de cette oeuvre. J’ose dire que si j’atteignais un jour le dixième de son talent en tant qu’écrivain, mes aspirations seraient comblées. C’est un grand monsieur de la SF française, et même un grand auteur tout court. (Le peu de cas que l’on fait de la SF ou de la fantasy en France m’agace d’ailleurs au plus haut point, nous avons d’excellents auteurs. J’y reviendrai sûrement un jour sur ce blog.)

Moi quand je vois dans une librairie des livres de fantasy classés dans SF (avec des romans noirs ou même policiers), et qu'il n'y a pas de rayon fantasy ©Pusheen

Moi quand je vois dans une librairie des livres de fantasy classés dans SF (avec des romans noirs ou même policiers), et qu’il n’y a pas de rayon fantasy ©Pusheen

Chaque page m’impressionne, tant par les figures de styles que part la justesse dans la mise en page.

Et niveau anticipation – ce que tout bon auteur de SF se doit de maîtriser – c’est souvent assez fin et bluffant. Mais même si ça n’avait pas été le cas, ça n’enlevait bien sûr rien aux qualités des récits.

Bon, si vous n’avez pas envie de vous farcir 699 pages pour voir ce que ça donne, je vous propose ci-dessous une petite liste de mes nouvelles préférées du Livre des ombres. Toutes peuvent se lire indépendamment, c’est comme cela qu’elles ont été écrites en premier lieu.

C’est parti !

L’Apothéose du Punisseur, prend place loin dans le passé, au temps d’une civilisation galactique luttant contre l’Avatar. Si j’aime cette nouvelle c’est qu’elle se concentre sur un peuple, les Emmonites, et leur planète, le double monde Lo/ol. Ce monde est d’une poésie renversante.

Les singes, notre planète, aux tous débuts des Hommes. Dans une société troglodyte et au matriarcat sévère, une femme de la plaine vient un jour bouleverser la vie d’hommes de la caste la plus basse de leur société.

L’Inversion de polyphème, la narration de cette nouvelle est un petit bijou. Elle prend place dans les années 70, avec une bande d’adolescents livrés à eux-mêmes durant l’été, dans la commune des Loges. On y retrouve l’ambiance des récits comme Stand by Me, une nostalgie adolescente, un été à tromper l’ennui en banlieue…

Nulle part à Liverion

Nulle part à Liverion

Nulle part à Liverion, assurément ma préférée ! Paul, historien pour l’Instance, une puissance privée supra-nationale, se lance dans une quête qui va le rendre presque fou. Trouver une ville qui échappe aux yeux du monde et surtout des grosses entreprises privées ayant commencées à gagner en puissance au début du XXIème siècle (hm hm). Une cité utopique. Une cité qui n’existe pas.
Quand on voit comment nos très grandes entreprises actuelles placent leurs pions et quand on suit ce genre d’actualité (c’est complètement fou), on se dit que ce n’est pas si irréaliste comme nouvelle.

Je m’arrête là. 4 sur 27 c’est peu mais je ne pourrais plus m’arrêter si je continue à vous détailler toutes les nouvelles. (Le signe du Picte, Le collier de Thasus, Le temps des Olympiens, Le vide, le silence et l’obscur (rien que ce titre quoi…), etc.)

J'aime beaucoup le style employé par Gess

J’aime beaucoup le style employé par Gess

Je vous recommande chaudement de découvrir cet auteur et encore plus Le Livre des ombres. Même s’il est long et complexe. Le jeu en vaut plus que la chandelle tant cet univers est imaginatif et sublime. Les illustrations sont d’ailleurs une grosse valeur ajoutée. Réalisées par Gess, elles sont magnifiques.

Liverion

Liverion

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H. Gray
Écrit par H. Gray

Bonjour à vous, mollusques de tous horizons. Ici je me nomme H. Gray et si je devais vénérer un dieu, ça serait Dionysos – et pas ce romain de Bacchus, faut pas déconner. Je vous parlerai séries télés, mode, littérature, dessins animés, parfois jeux vidéos ou choses insolites. Dans la vie, j’ai un diplôme de styliste/modéliste (oui, comme A.J) et je prends très au sérieux tout ce qui ne l’est pas. Ce blog est pour moi l’occasion de recommencer à écrire. Je voulais faire écrivain, en cinquième, puis journaliste. C’est une façon de renouer avec l’enfant à l’intérieur de moi. (Comment ça, je n’ai jamais cessé d’être en contact avec l’enfant à l’intérieur de moi ?)

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