[ Du livre au film ] Cornes/Horns

Cinéma, Littérature, Roman

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Ignatus Perrish se réveille d’une cuite qui l’a laissé sans souvenirs de sa nuit précédente. Il y a un an sa petite amie, Merrin, était violée puis assassinée, dans des circonstances floues. Depuis, Ig vit l’enfer. Il émerge donc, avec une douleur qui lui vrille la tête et constate qu’elle est causée par des cornes qui lui ont poussées dans la nuit. D’abord déboussolé, il croit à une hallucination provoquée par l’alcool et son état psychologique pitoyable. Mais les cornes sont réelles, les autres les voient. Bien loin d’en être effrayées, elles les incitent à confier à Ig leurs plus inavouables secrets. D’abord paniqué par ce don, Ig va apprendre à s’en servir afin de découvrir celui qui a brisé sa vie un an auparavant.

Il y a trois ans, quand j’ai entendu parler de Cornes, de Joe Hill, pour la première fois, j’ai tout de suite accroché à cette trame. Déjà, je crois que je n’aime rien de moins que la fantasy urbaine (la faute à Gaiman, sans doute), et c’est comme ça qu’on m’avait présenté l’œuvre. (J’ajouterais pour toi, lecteur exigeant – ce qui est tout à ton honneur – qu’on m’avait sur ce point trompé, il s’agit ici d’un roman fantastique. Mais hé, la frontière entre les genres est parfois floue et ce ne sont pas les étiquettes qui jugent de la qualité d’un récit.)
Puis, ma pile de livre à lire étant déjà bien longue, j’ai oublié Cornes.

Se tint alors en septembre 2013 le festival international du film de Toronto. Et là, oh surprise, était présenté un film d’horreur américano-canadien produit et réalisé par le français Alexandre Aja, appelé Horns. Me débrouillant quelque peu dans la langue de Shakespeare,  je fis alors le rapprochement. Horns = Cornes. On m’la fait pas !
Lors de ce festival, le film n’a pas remporté de prix, mais à tout de même retenu l’attention du public, sans pour autant obtenir une date de sortie proche. Cette attente était donc l’occasion pour moi de lire le livre.
Puis j’ai oublié.

Jusqu’à ce qu’ayant reçu une liseuse en cadeau, je fouille dans les catalogues eBook et que Joe Hill se rappelle à mon bon souvenir.
Lu cet été, il restera un des bouquins m’ayant le plus marqués en cette année 2014.

 

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Couverture de Cornes, ©Editions Jean-Claude Lattès

 

Le pitch – de brioche Pasquier – est plutôt original. Dans la première partie, il est question de la prise de conscience de Ig. Les personnes de son entourage ne sont pas celles qu’il croit et il va l’apprendre à ses dépend. Cela lui permettra dans un second temps de s’affranchir de sa naïveté et de ses illusions pour enfin mener à bien sa quête.

Car le fantastique n’est ici qu’un prétexte pour nous raconter une critique d’une Amérique angoissée, hypocrite et puritaine, et au-delà, une chronique du genre humain. Car Joe Hill possède un talent certain pour dépeindre l’âme dans ses plus abominables vérités, ses faiblesses, sa folie mais aussi l’amour et la rédemption. Le tout mâtiné d’un humour noir et grinçant tout à fait sympathique.

L’écriture est en outre parfaitement maîtrisée. L’univers dépeint est d’une grande justesse et si l’identité du coupable est assez tôt révélée, le livre saura vous tenir en haleine jusqu’à la fin, tournant fébrilement les pages pour obtenir toutes les réponses, jusqu’au dénouement bouleversant.

Ah oui, il se peut que l’ambiance de l’œuvre vous rappelle Stephen King. Joe Hill étant son fils, cela ne serait pas tout à fait incongru. Ce dernier est visiblement allé à bonne école et n’a absolument rien à envier à papa !

Le film donc !

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Réalisé par Alexandre Aja, le casting se compose de Daniel Radcliffe (Ig Perrish), Juno Temple (Merrin Williams), Max Minghella (Lee Tourneau), Joe Anderson (Terry Perrish), Kelli Garner (Glenna). Du beau monde !
J’avoue y être allé avec un peu d’appréhension, les critiques étant mitigées (7/10 chez IMDb, et 50% pour Rotten Tomatoes) et j’aime le livre d’amour.

Prévu pour le 31 octobre outre manche, il est sorti chez nous mercredi et je dois avouer que cette sortie en avance m’a bien plu. (Je ne me leurre pas non plus, sa distribution est restreinte, on le sort début octobre -> les distributeurs ont peu d’espoir qu’il marche chez nous… Dans les pays anglo-saxons et nord américains, il profitera au moins du statut de film qui fait peur pour Halloween. Et d’une plus grande sympathie pour le réalisateur. Et pour les acteurs.)

Du coup, on va le voir ?

Mille fois oui !
Tout d’abord, non, le film n’est pas exempt de défauts.
Mais de mon point de vue, ses qualités font que l’on passe outre.

Premièrement, comme on pouvait s’y attendre, les acteurs nous livrent un travail remarquable. Et si tous sont très bons, Daniel Radcliffe est lui excellent. Il incarne Ig à merveille. Ce jeune homme normal avec une vie tranquille, qui va basculer dans l’horreur. De plus ses choix de films plutôt variés en font un acteur talentueux très intéressant à suivre.

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Mention spéciale aussi à Juno Temple qui nous livre une interprétation très juste de Merrin Williams, jeune fille au dessus de laquelle planent de nombreuses zones d’ombres.

L’intérêt du film en lui même repose sur le mélange des genres. En effet, pas complètement thriller ou fantastique, Horns joue aussi avec les codes du film romantique et du drame, le tout saupoudré d’un humour satyrique des plus savoureux. Peut-être que ce patchwork ne plaira pas à tous les spectateurs, mais l’ensemble fonctionne bien et c’est agréable de voir un film qui ne se range pas dans une seule catégorie. Ça apporte un peu de vie à l’ensemble. C’est assumé et ça marche.

Quant à l’adaptation, là aussi c’est réussi. Tout d’abord, le livre de Joe Hill n’est pas facile à adapter. Il est dense, complexe, joue lui aussi avec les genres et l’absurde. Ici Alexandre Aja s’en sort très honorablement. L’ambiance de la petite ville du Maine, dans laquelle se passe l’intrigue, est parfaitement retranscrite. Il est fidèle au déroulement de l’œuvre. Bien évidemment, il y a des différences et des raccourcis. C’est le lot de toutes adaptations. Mais toujours dans le but de servir l’histoire. Parfois les évènements sont montrés avec moins de finesse,  mais comme je l’ai déjà dit, Cornes est un livre dense et l’œuvre d’Alexandre Aja évite ainsi de se perdre dans ses méandres, nombreux flash backs et détours.

Il faut saluer tout le travail technique autour de ce film, qui est admirable. La photographie est sublime et la BO, entre balades rocks et jazz, colle parfaitement aux protagonistes et à leur adolescence.

C’est donc un film qui vaut le coup et une adaptation cette fois réussie ! (oui, A la Croisée des Mondes, c’est toi que je regarde…)

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Je finirai par une petite digression. Un des principes du cinéma c’est d’être dans une salle avec de nombreuses autres personnes pour regarder un film. S’il vous plaît, évitez de parler à voix haute, faire des commentaires déplacés ou rire à gorge déployée quand ce n’est pas vraiment drôle. Ou faites une soirée ciné chez vous entre amis.

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H. Gray
Écrit par H. Gray

Bonjour à vous, mollusques de tous horizons. Ici je me nomme H. Gray et si je devais vénérer un dieu, ça serait Dionysos – et pas ce romain de Bacchus, faut pas déconner. Je vous parlerai séries télés, mode, littérature, dessins animés, parfois jeux vidéos ou choses insolites. Dans la vie, j’ai un diplôme de styliste/modéliste (oui, comme A.J) et je prends très au sérieux tout ce qui ne l’est pas. Ce blog est pour moi l’occasion de recommencer à écrire. Je voulais faire écrivain, en cinquième, puis journaliste. C’est une façon de renouer avec l’enfant à l’intérieur de moi. (Comment ça, je n’ai jamais cessé d’être en contact avec l’enfant à l’intérieur de moi ?)

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