Des jeux vidéo et des fashionistas – Introduction

Mode

(1) La mode dans les jeux vidéo

Si je prends à rebours le fil de ma vie et de mes choix d’orientation, il apparaît, avec cette perspective inversée, que mon goût pour les vêtements est né de mon amour du jeu vidéo. Tôt dans ma vie de jeune mollusque mon papa me mit une manette Nintendo entre les tentacules. Au début, je n’aimais pas ça, les consoles de jeux me faisaient peur (en plus les manettes de NES sont rectangulaires, avec des coins qui blessent). Certes aujourd’hui cela prête à rire, mais à l’époque où je fêtais mes quatre printemps tous les bambins ne naissaient pas un clavier à la main. Cependant, je dépassais tout cela bien vite grâce à la Game Boy et pour l’amour de Tetris. Aaaah, les puzzle games… Mais je m’égare….

Plus tard, je me pris de passion pour les RPG. Entre les Zelda*, Grandia, Final Fantasy et Chrono Trigger, puis plus tard Kingdom Hearts, Baten Kaitos ou Pokémon (et j’en oublie, je ne peux pas tous les citer…), tous les personnages ont quand même un style très prononcé et particulier.

Cela s’explique à mon sens par deux choses. Tout d’abord, les vêtements font partis de l’environnement d’un jeu, au même titre que les décors, les menus, toute l’ambiance graphique en somme. Plus le soin est apporté aux détails, plus le jeu est cohérent. Ensuite, il faut pouvoir identifier facilement et d’un seul coup d’oeil chaque personnage, et son rôle au sein d’un éventuel groupe. Là intervient le vêtement comme révélateur de la personnalité et extension visuelle du background.

Auron n’a pas une histoire marrante. Ça se voit. ©Square Enix

Auron n’a pas une histoire marrante. Ça se voit. ©Square Enix

Rajoutons à cela une caractéristique du RPG (oui, ici on oublie Zelda) : de votre façon d’équiper votre personnage vont dépendre ses statistiques. Exemple : selon que vous le ferez se battre avec une Epée de Bois niveau 2 ou une Rapière de l’Enfer niveau 76 le personnage que vous incarnez sera plus ou moins fort au combat. Cela aussi s’applique aux casques, armures, chaussures, boucliers, etc. Vos choix ferons évoluer vos protagonistes et votre aventure dans le jeu. Plus jeune j’avais parfois du mal à me décider. Dois-je équiper mon personnage avec ce plastron +20 en défense ou lui laisser sa tunique +1, mais qui est tellement plus classe ? Dilemme.

Correctement vêtir ses personnages est donc stratégiquement important.

Le paroxysme de ce concept intervient en 2007 au Japon avec le jeu The World Ends With You. En effet, en plus d’être un excellent jeu sur tout un tas de points, les traditionnels objets et équipements sont ici des accessoires de mode et des vêtements de marque. Certaines marques proposes des items plus puissant que d’autres et réussir à obtenir un costume rare remplace votre quête de la meilleur armure possible. Avec ces bonus : si vous combattez avec des items à la mode dans le quartier où vous vous trouvez, ils seront plus efficaces ; si vous combattez suffisamment bien dans le quartier où vous vous trouvez, vous y influencez la mode.

The World Ends With You, probablement mon jeu préféré. Je vous en parlerai un de ces quatre. ©Square Enix

The World Ends With You, probablement mon jeu préféré. Je vous en parlerai un de ces quatre. ©Square Enix

Mais on peut remarquer que les jeux de combat ne sont pas en reste. Notons que dans tous les univers, qu’ils soient vidéoludiques, cinématographiques, cartoonesques, etc, les personnages sont, là aussi, identifiés graphiquement. A fortiori quand on doit deviner une personnalité ou un style de combat rien qu’en voyant une image sur un écran de sélection.

Ces personnages sont cools, et ils ne rigolent pas. ©Capcom

Ces personnages sont cools, et ils ne rigolent pas. ©Capcom

C’est simple, plus jeune je choisissais souvent mes personnages en fonction de leur apparence. Je jouais en famille et ma soeur et mes cousins/cousines faisaient de même. Parce que quand on commence à jouer et qu’on ne connaît pas les caractéristiques de nos combattants ou leurs coups spéciaux, on prend forcément le personnage qu’on trouve le plus badass, ou le plus mignon. Tekken 4 ajoute même un mode de personnalisation de personnage. Panda devient à la fois effrayant et mignon grâce à ses bracelets fluos.

Il peut te tuer, mais il est fluffy. ©Namco

Il peut te tuer, mais il est fluffy. ©Namco

Les liens de ce genre sont nombreux et le seront de plus en plus. Il n’y a qu’à voir un Pokémon Y ou le futur Dragon Ball: Xenoverse, la customisation est à la mode et rencontre une grosse popularité auprès des joueurs. Ou encore les jeux qui poussent le réalisme comme GTA V, obligent aussi à être très réaliste lorsqu’il s’agit des vêtements. Il serait surprenant que dans les années à venir les industriels de la mode n’en profitent pas plus…

Et cela nous amène au deuxième point de cet article !

(2) Le regard de la mode sur les jeux vidéo

De prime abord, on pourrait penser que ces deux univers n’ont rien à faire ensemble. Les publiques visés n’ont jamais vraiment été les mêmes et jusqu’à récemment (même toujours un peu aujourd’hui) l’image qu’on se fait du gamer et celle du fan de mode ne sont pas vraiment compatibles… Mais comme nous l’avons vu précédemment, ce n’est pas si simple.

Déjà parce qu’avec la Wii et la démocratisation des tablettes/smartphones, le casual gaming** a explosé. Et qu’aujourd’hui nombreux sont les gamers, même occasionnels. Ensuite parce qu’avec l’introduction dans la culture populaire de toute la culture geek, autrefois marginalisée, il est de bon ton d’arborer t-shirts, casquettes, chaussures, à l’effigie de son jeu favoris. Là où avant un t-shirt de gamer était plutôt méprisé, c’est aujourd’hui cool et on trouve des produits de qualité, graphiquement très chouettes !

Casquette Sonic, testée et approuvée. ©Celio

Casquette Sonic, testée et approuvée. ©Celio

Récemment on a pu voir des chaussures de la marque Vans à l’effigie de Star Wars et vous avez pu trouver récemment chez Celio une ligne rétro gaming, avec des vrais morceaux de Sonic, Mario et Atari (plutôt qualitatifs en plus). Ces partenariats se multiplient depuis quelques années, pour le plus grand plaisir des joueurs qui aiment porter des beaux vêtements et afficher leurs couleurs. Mais des liens autres que graphique ne sont pas nombreux.

On peut noter toutefois certaines initiatives plutôt sympathiques. En 2009, la marque de luxe Harvey Nichols proposait ces affichages pour annoncer les soldes :

©Harvey Nichols

©Harvey Nichols

©Harvey Nichols

©Harvey Nichols

©Harvey Nichols

©Harvey Nichols

Si vous avez joué ne serait-ce qu’à un jeu de combat dans votre vie, vous reconnaîtrez forcément les codes de ces affiches. De la barre de vie aux pourcentages détournés. Comme quoi, vêtements de luxe et baston s’accordent plutôt bien. Les amateurs ne sont pas en reste. On a pu voir début août circuler ceci : (photo ci-contre)

Il s’agit d’un jeans qui a été peint pour donner une impression de cel-shading***. C’est plutôt impressionnant, classe à porter et pousse un peu plus loin le concept de s’habiller de jeux vidéo. Des sites comme Console to Closet (exclusivement féminin par contre) propose des looks avec des conseils mode et des liens pour s’habiller comme ses personnages de jeux favoris ou s’en inspirer.

Le développement des nouvelles technologies et une industrie textile en plein renouvellement avec notamment de plus en plus de vêtements intelligents, ces liens se renforceront probablement. Les casques de réalité virtuelle ou des Google Glasses-like ont été imaginé longtemps avant d’être techniquement possible, et différents gouvernements travaillent sur des exosquelettes pour leurs armées, elles auront très probablement un jour les capacités de ce qu’on peut trouver dans Halo. Alors pourquoi ne pas rêver à des chaussures nous faisant courir plus vite que Sonic ou des salopettes sauter aussi haut que Mario…

Ainsi s’achève cet article sur les liens entre les jeux vidéo et la mode. Il se nomme “introduction”. Je ne sais pas s’il y aura une suite, mais il me semble évident que ce que j’ai écris là est le survol d’un thème plus complexe, plus fouillé, et avec bien d’autres aspects. J’ai volontairement choisi de ne pas parler de Léa Passion Mode, Project Runway sur Wii ou du jeu Fashion Week sur Facebook, car ce genre d’initiative réuni ce que j’aime le moins dans la mode avec ce que j’aime le moins dans les jeux vidéo. Mais s’il y a une suite à cet article, ça vaudra peut-être le coup de se pencher là dessus. Et en attendant, jouez !

*Oui, je fais partie de ceux qui classent Zelda parmis les A-RPG.

**Le casual gaming est le fait de jouer, en joueur occasionnel, à des jeux faciles d’accès, aux parties souvent courtes, où tout est fait pour facilité l’expérience à des personnes peu habitués aux jeux vidéo. Le publique visé est donc large, à l’exact opposé des jeux hardcores. On retrouve beaucoup de casuals games sur les téléphones portables ou navigateurs web. Candy Crush, Doodle Jump, Wii Sports ou encore le Solitaire sont des exemples de casuals games très populaires.

*** Le cel-shading, ou ombrage de celluloïd dans la langue de Molière, est une technique qui consiste à donner aux images un aspect cartoon. Sly Raccoon, Team Fortress 2,  Zelda The Wind Waker ou The World Ends With You, sont des jeux qui utilisent cette technique.

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H. Gray
Écrit par H. Gray

Bonjour à vous, mollusques de tous horizons. Ici je me nomme H. Gray et si je devais vénérer un dieu, ça serait Dionysos – et pas ce romain de Bacchus, faut pas déconner. Je vous parlerai séries télés, mode, littérature, dessins animés, parfois jeux vidéos ou choses insolites. Dans la vie, j’ai un diplôme de styliste/modéliste (oui, comme A.J) et je prends très au sérieux tout ce qui ne l’est pas. Ce blog est pour moi l’occasion de recommencer à écrire. Je voulais faire écrivain, en cinquième, puis journaliste. C’est une façon de renouer avec l’enfant à l’intérieur de moi. (Comment ça, je n’ai jamais cessé d’être en contact avec l’enfant à l’intérieur de moi ?)

4 Commentaires
  1. Tiphaine

    Effectivement, c’est carrément mieux de se faire tuer par un Panda fluffy u.u

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