Magneto : Le Testament

Comics, Littérature

On connait tous Magneto, le grand ennemi des X-men. Mais l’on sait aussi que Magneto ce n’est pas que cela, loin de là, il n’est en effet pas devenu ce dangereux criminel anti-homo sapiens sans raisons.

Ian Mc Kellen et Michael Fassbender (qui interprètent tous deux Magneto au cinéma) le diront mieux que moi dans cette interview.   

 “nous [en parlant de leur rôle] ne sommes pas des méchants, mais des incompris”.

Et en effet, quand on se penche sur le passé de Magneto, on comprends mieux l’aversion qu’il éprouve pour les non-mutants. Crée en 1963, le personnage est d’abord présenté comme un puissant mutant mégalo qui souhaite dominer l’espèce humaine qu’il méprise par dessus tout. Ce n’est que quelques années plus tard que son personnage est étoffé d’un passé des plus difficile (on dit merci Chris Claremont) . Les motivations du personnages changent, ce n’est plus la soif du pouvoir qui l’anime mais la volonté de protéger les siens de l’Humain qui a tendance à détruire tout ce qu’il considère comme trop différent de lui.

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  Un jour tu comprendras ce que j’ai compris. […] Les Mutants n’iront pas docilement dans les chambres à gaz.
Nous nous battrons. Et nous gagnerons.”

 Magneto s’adressant au professeur X Uncanny X-Men #161

En effet, Magneto, né Max Eisenhardt est un juif allemand survivant de l’Holocauste. Certaines bribes de sa jeunesse nous sont dévoilés dans quelques numéros des X-men mais c’est à la fin des années 2000 que le scénariste Greg Park et l’illustrateur Carmine Di Giandomenico s’allient pour nous dévoiler le triste passé de l’un des personnages les plus populaire de l’univers Marvel.
Dans ce comics pas de super-héros, pas de super pouvoir , simplement le récit poignant du jeune Max Eisenhardt et de sa famille qui subissent de plein fouet la montée du nazisme en Allemagne. Nous plongeons tête la première avec Magneto dans une descente aux enfers qui en donnerait presque le vertige.

Accusé à tort de tricherie, Max est expulsé de son école, il assiste ensuite impuissant au violent renvoi de son instituteur, également juif. (©Panini)

Accusé à tort de tricherie, Max est expulsé de son école, il assiste ensuite impuissant au violent renvoi de son instituteur, également juif. (©Panini)

Traité comme un paria, chassé de chez lui, obligé de fuir jusqu’au ghetto de Varsovie puis déporté à Auschwitz, la jeunesse de Magneto est le récit d’un survivant de la Shoah comme nous en avons eu beaucoup mais devant lesquels on ne reste jamais insensible. On en oublierait presque que le récit que nous lisons est fictif.
Une partie de moi aurait souhaité voir Magneto soudainement découvrir son pouvoir et tordre des kilomètres de barbelés suite à un accès de rage ou de désespoir, à l’image de la scène d’ouverture du premier film X-men.

Mais dans cet ouvrage il n’en est rien. Les seuls mentions du pouvoir mutant de Magneto sont de subtiles allusions que seul le lecteur perçoit et jamais le héros ne réalise ses capacités hors du commun. Le métal est pourtant omniprésent, il est menace, mais il est aussi salvateur et réconfort pour Max, là où la nature et les hommes semblent l’avoir abandonné à son triste sort.

 Autre réconfort est celui que lui apporte Magda, tzigane elle aussi victime du nazisme. En effet, on apprend dans cet ouvrage comment Magneto a rencontré sa compagne et la mère de ses deux célèbres jumeaux, la sorcière rouge et Vif-Argent.

Max a confectionné un collier pour Magda, à partir de morceaux de métal qu'il a trouvé. (©Panini)

Max a confectionné un collier pour Magda, à partir de morceaux de métal qu’il a trouvé. (©Panini)

Pas de superpouvoir donc, l’histoire de Magneto pourrait être celle de n’importe quel survivant de l’Holocauste, c’était un risque à prendre de la part du scenariste Greg Park mais le pari est réussi. Le récit est poignant, émouvant et on a peine à s’en défaire avant que la dernière page ne soit atteinte.

 Un scénario dont l’ambiance est illustré avec brio par Carmine Di Giandomenico. Des couleurs pâles et sans vies, comme si la mort planait sans cesse aux côtés des personnages. Les visages des protagonistes s’émacient au fil des pages, les yeux sont globuleux, les traits tirés, mais Max est incontestablement doté du charisme que l’on connait à Magneto. Des cases, voir, des pages entières plongées dans le noir nous font ressentir le vide, la solitude qu’éprouve le jeune mutant face à ce destin qui s’acharne.

 Ce réalisme poignant est le fruit d’une documentation très fournie. Présente au début du comics une bibliographie atteste du travail de recherche qu’à nécessité l’œuvre. La réalité de la Shoah est respectée, rien n’est oublié, rien n’est déformé, Magneto se glisse dans notre passé, le vrai, et c’est comme s’il y avait été.

Max découvre où sont entassés tous les objets en métal dérobés aux juifs. (©Panini)

Max découvre où sont entassés tous les objets en métal dérobés aux juifs. (©Panini)

 Comics hors du commun mais qui vaut la peine d’être lu pour peu que l’on porte de l’intérêt au personnage de Magneto. Documenté avec sérieux, respectueux de l’Histoire, au plus près des faits, le personnage ne s’en trouve que plus ancré dans la réalité. A lire.

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Captain Hock
Écrit par Captain Hock

Le capitaine Hock (c’est moi) vogue librement sur le net sous le pavillon des pirates qu’il admire tant. Grand passionné de cinéma et de séries, jamais ne s’achève une journée sans que le capitaine Hock ne se soit rendu dans une salle obscure ou n’est échoué devant un épisode d’une série US ou britannique ! Il aime aussi la littérature, l’Histoire et tant d’autres choses pourvu qu’elles l’emmènent loin de la réalité (à défaut de pouvoir aller s’installer en Terre du Milieu). Après 3 ans de licence de japonais et un an passé chez les nippons, le capitaine Hock est dans le triangle des Bermudes de sa vie. Il travaille dans un cinéma en attendant de trouver sa voie. C’est alors qu’il était en pleine crise existentielle que 3 petites méduses l’ont sauvé et lui permettent aujourd’hui d’écrire et de partager ses passions avec toi moussaillon.

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